Philosophie – Présence de la pensée marxiste aux Etats-Unis

Vue depuis l’université du Massachusetts, la situation paradoxale du marxisme aux États- Unis - au regard de l’expérience qui est la nôtre - trouve quelques éléments d’explication. On les doit à l’analyse de Richard D.Wolff, professeur d’économie dans cette même faculté et directeur de la revue Rethinking Marxism qui organise tous les trois ans la plus importante conférence sur la pensée de Marx aux États-Unis.

Le constat s’énonce ainsi : « La présence du marxisme est extrêmement faible au sein des forces politiques de gauche et des organisations syndicales comme chez les jeunes. Mais elle est très marquée dans les universités et les milieux intellectuels. » Deux facteurs structurants peuvent fournir quelques explications. L’un est historique. Le capitaliste américain a imposé sa domination par la violence et la répression. Les luttes de la classe ouvrière en firent la dure expérience et l’opposition d’obédience communiste ne put jamais s’y déployer. Ce n’est qu’avec le mouvement antiimpérialiste contre la guerre au Vietnam qu’un marxisme ouvert aux interprétations de Lukács, Gramsci, Adorno, Marcuse et d’autres réussit à s’implanter dans les universités. L’autre facteur est idéologique et politique. Le capitalisme américain a su efficacement contrer une pensée marxiste, limitée à la critique sociale, en faisant de la consommation de masse le critère de la réussite sociale et la mesure du bien-être. Si les couches les plus pauvres purent trouver quelque intérêt à cette pensée sociale, les couches moyennes n’y prêtèrent guère attention.

Aujourd’hui, dans les universités américaines, la pensée critique issue de Marx se retrouve dans quatre groupes fort différents.Associée à celles de penseurs comme Foucault et Derrida, elle devient un instrument privilégié d’investigation des questions culturelles.Le courant du marxisme analytique la revisite à l’aune des concepts et des méthodologies utilisés dans les sciences humaines actuelles, au détriment de certaines notions clés. D’autres l’utilisent plus classiquement à partir de son noyau dur pour critiquer le néolibéralisme.

Quant à l’invité de ces rencontres philosophiques, il est de ceux qui prônent un retour sur l’oeuvre majeure de Marx, Le Capital - en appui sur une lecture qui se revendique d’Althusser - pour mettre en avant le rôle de la production et de la distribution de la survaleur dans toute la société. La centralité de cette notion lui permet d’investir des champs comme l’économie familiale et les rapports sociaux de domination qui s’y déploient. Quelques exemples pris dans l’actualité des résistances sociales au sein de ce pays ont montré que la pensée issue de Marx a de l’avenir même au coeur de l’empire.

Guy Carassus

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