Philosophie – Marxisme et arbre à palabre(s)

L'optimisme du professeur Sémou Pathé Gueye

Qui ne cherche pas à savoir ce qu’est « l’arbre à palabre(s) » a toutes les chances de réduire à un « marxisme tropical » le rendez-vous du marxisme avec les hommes et les femmes d’Afrique.

Davantage qu’un joli conte, cette pratique fait vivre un principe : la cohésion du groupe (ailleurs on dit le « vivre ensemble »), qu’il s’agisse de la famille ou de la société.Voilà sans doute pourquoi le professeur Sémou Pathé Gueye, récemment invité des rencontres philosophiques Espaces Marx/Fondation Gabriel Péri sur le thème : « Marxisme en Afrique, bilan et perspectives après la chute du mur de Berlin », a d’abord dressé un état des lieux du marxisme sur le continent avant 1989. Il a pointé quatre grands groupes (orthodoxes, issus du mouvement anticolonialiste radicalisé à partir des années 70, agissant à l’intérieur d’organisations de masse, composant une intelligentsia hors partis) abordant les thèmes centraux de l’adaptation du marxisme aux luttes africaines, de la question nationale, de la voie de développement et des politiques d’ajustement. Expliquant ensuite que les partisans du marxisme en Afrique, pris de court par la chute du mur de Berlin, s’y étaient mal préparés et avaient eu du mal à s’adapter au nouveau contexte, il ne perd pas de vue ce qui « dans la masse actuelle du monde fonde un espoir raisonné ». Compliment ou moquerie, l’optimisme du professeur Sémou Pathé Gueye devient légendaire.

Il assume. Convoquant Gramsci : « Entre le pessimisme de l’intelligence et l’optimisme de la volonté », il précise que c’est avec les deux qu’il essaie de comprendre le réel des continents, avec la lucidité d’un marxisme qui plus que jamais doit être l’analyse concrète des situations concrètes... La situation au Sénégal ? « Ça ne nous sort pas de notre sujet parce que ça campe d’abord le contexte dans lequel le marxisme intervient aujourd’hui en Afrique. Un contexte assez contradictoire d’avancées effectives vers une société qui permette à nos peuples d’exprimer pleinement leur volonté, mais qui est aussi freinée ou détournée par des couches et classes sociales dont les intérêts sont tout autres et qui, au fur et à mesure qu’elles sont isolées, évidemment jettent le masque et s’encombrent de moins en moins de gants pour tordre le cou à la démocratie. »

Michèle Castillon

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