Lettres de Romain Rolland à Staline

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Lettre de romain rolland

1er octobre 1935

Cher camarade Staline,

J’apprends par une lettre de Boukharine [1] que vous n’auriez pas reçu une lettre de moi, que je vous ai expédiée, recommandée, par avion, le 26 août dernier [2]. Voudriez-vous avoir l’obligeance de me faire confirmer ce fait, après recherches dans votre courrier. Je ferais une réclamation à la poste de département [3]. J’ai gardé le récépissé de Montreux [4].

Je vous demandais, dans cette lettre du 26 août, si vous m’autorisiez à publier en France le texte de notre entretien du 28 juin [5], revu par vous, - ou quelles suppressions vous désireriez que je fasse en vue de cette publication. Depuis longtemps, nos amis de Paris me la demandent pour leurs journaux et revues.Vous me rendrez service, en me donnant une réponse, à ce sujet [6].

J’espère que votre santé est toujours bonne, et je vous prie de croire à mon cordial souvenir. Romain Rolland


27 décembre 1935

Cher camarade,

Je profite du passage d’A[rossev] [7] pour vous faire remettre ce qui suit. Car je ne suis pas sûr que les lettres que je confie à la poste vous arrivent. Je vous en ai écrit deux, depuis trois mois, sans réponse.

Vous vous souvenez que dans l’entretien que vous avez bien voulu m’accorder, j’avais insisté sur les graves malentendus causés dans l’opinion d’Occident par le manque total d’informations exactes, même parmi les amis de l’URSS, et l’impossibilité pour eux d’obtenir de l’URSS des renseignements précis et sûrs pour répondre aux accusations dont celle-ci est constamment l’objet.Vous aviez reconnu le sérieux de mes observations et la nécessité de remédier au mal.Vous m’aviez dit (je cite textuellement) : « Certainement, si nos amis en Occident sont mal informés des motifs qui dirigent les actes du gouvernement soviétique et s’ils ne savent pas souvent quoi répondre à nos ennemis, cela signifie que nos amis ne savent pas aussi bien s’armer que nos ennemis. Cela signifie aussi que nous n’informons pas et n’armons pas assez nos amis. Nous tâcherons de corriger cela. »

Et plus loin : « II est possible que vous ayez raison. Certainement on pourrait réagir de façon plus énergique contre les bruits absurdes. »

Cher camarade, il s’est passé depuis ces paroles cinq mois. Rien n’a été fait pour « corriger cela » et pour « réagir ». Et le mal a considérablement grossi.

Vous ne pouvez imaginer la quantité et la gravité des questions dont nous, les amis de l’URSS, nous sommes presque journellement assaillis, et qui travaillent l’opinion publique du monde. Ce serait une dangereuse erreur de les sous-estimer et de se persuader que si l’on n’y répond pas, elles tombent dans l’oubli. Rien ne s’oublie, tout s’accumule, et cela finit par former une infection qui ronge les sympathies, même de centaines de gens qui semblaient le plus attirés par l’URSS. J’assiste, depuis six mois, à une désaffection croissante pour l’URSS parmi cette partie des intellectuels français, du corps enseignant, des instituteurs, des petits-bourgeois honnêtes, que nous avions réussi à gagner à la cause de l’URSS. Ils sont inquiets et désorientés parce qu’ils n’obtiennent pas d’explications à beaucoup de questions troublantes et de bruits calomniateurs contre l’URSS. Et nous, qu’ils interrogent anxieusement, nous ne pouvons leur répondre que par notre conviction personnelle - (ce qui est insuffisant pour convaincre les autres) - et non par des renseignements précis et sûrs.

Je ne reviendrai pas sur la question de la publication de mon entretien avec vous.Vous ne m’avez pas répondu à ce sujet ; mais, d’après ce que je crois savoir, vous ne jugez pas cette publication opportune. Je n’insiste pas. Mais si la publication de l’entretien est écartée, il n’en reste pas moins que les questions qu’il avait touchées, restent posées devant l’opinion publique, la tourmentent plus que jamais, et réclament impérieusement une réponse. Que cette réponse soit calculée soigneusement et mitigée, s’il le faut ainsi, mais de toute façon, il faut une réponse qu’on puisse opposer aux accusations et publier.

Je reprendrai ici deux de ces questions tourmentantes, et j’y ajouterai plusieurs autres qui agitent l’opinion.

Prime : en premier lieu, la loi sur le châtiment des enfants à partir de l’âge de douze ans. J’avais prévu l’émotion qu’elle soulèverait en Occident. Cette émotion dépasse mes prévisions. Les bruits les plus atroces sont mis en circulation. J’ai du écrire, en vain, une douzaine de lettres à des amis, pour m’efforcer de les tranquilliser. Leur inquiétude n’a pas été apaisée, et le flot de protestation monte. Les ennemis de l’URSS ont beau jeu. Un prélat très connu et malheureusement estimé, Monseigneur D’Hervilly, fait en Belgique et en France, dans les provinces, une série de conférences où il est allé jusqu’à dire que d’après la loi du 7 avril dernier, les enfants de douze ans étaient condamnés à mort pour « obstination religieuse » ! - II faut répondre. Je ne le puis pas avec termes de notre entretien : on me ferme la bouche. Mais, d’une façon ou de l’autre, que l’on réponde ! Sans dire les vrais motifs de la loi, n’est-il pas bien des moyens d’étouffer de si honteuses calomnies ! Et d’abord, qu’on fasse savoir que (comme vous me l’avez affirmé à la fin de juin) pas un enfant n’avait à cette date été condamné à mort !

Deuxièmement : pour le procès qui a suivi le meurtre de Kirov, je vous disais combien il serait essentiel de faire connaître au public étranger les charges écrasantes qui fait châtier les conjurés. On ne l’a point fait. Le résultat est qu’en Occident s’est répandue l’opinion que, selon les expressions de Léon Trotsky dans un récent article du 31 octobre, paru dans son organe de Paris La Vérité, « on s’est servi de l’affaire Kirov pour anéantir des dizaines de gens, manifestement dévoués à la Révolution, mais qui réprouvaient l’arbitraire et les privilèges de la caste dominante ». On ajoute que les accusations portées contre Zinoviev et Kamenev sont absolument sans fondement. Et Trotsky se fait le promoteur d’une demande de « Commission internationale, au dessus de tout reproche par sa composition, qui serait chargée d’enquêter sur les arrestations, procès, fusillades, déportations, en liaison avec l’affaire Kirov ».Trotsky, qui me prend à partie dans cet article, intitulé : « Romain Rolland remplit sa mission », me somme d’accepter cette proposition [8] et pensant que je m’y refuserai, insinue que mon refus sera la preuve de la peur que les amis du régime soviétique ont de faire la lumière sur cette affaire.

Troisièmement : (autres questions) : Je reçois de Tel-Aviv une lettre signée d’un écrivain Israélite, qui se dit révolutionnaire et admirateur de l’URSS, et qui lutte en Palestine contre la classe bourgeoise israélite, mais qui s’indigne contre un prétendu antisémitisme régnant en URSS et se traduisant par des reprécutions [sans doute répression N.d.l.R.] contre « les Juifs qui veulent parler leur langue ! » Cette langue hébraïque [9] serait décrétée par le gouvernement « contre-révolutionnaire » et pour cette raison, prohibée. J’ai entendu la même plainte de la part de jeunes juifs en Suisse.

Quatrièmement : Barthélémy de Ligt, l’antibelliciste hollandais connu, qui jouit d’un grand public international, m’a adressé une lettre ouverte où il parle de persécutions atroces contre les Doukhobors [10], soi-disant innocents de toute action antisoviétique, et simplement poursuivis pour leurs convictions religieuses et leur refus de service militaire. (J’imagine que si des villages de Doukhobors ont été exilés, ce doit être plutôt pour activité antisoviétique, résistance et sabotage à la politique agraire, mais je n’ai pas de faits précis pour répondre).

Cinquièmement : je reçois des lettres d’antifascistes italiens, se répandant en clameurs d’indignation, parce que, prétendent-ils, le gouvernement soviétique aurait livré un de leurs compagnons antifascistes, Pétrini, à la police mussolinienne.

Sixièmement : on ressort de l’oubli un ancien procès qui aurait eu lieu à Moscou contre des prêtres polonais, dont un évêque, qui a été fusillé ; et les journaux répètent que ce fut amplement parce qu’il « croyait en Dieu » ! Il m’est évident que c’est absurde ; mais il faudrait pouvoir répondre par les vraies raisons de cette condamnation, qui sous la forme où elle est présentée, indigne même des libres-penseurs.

Septièmement : on ressort aussi de sa fosse Makhno [11] ; et depuis sa mort, une quantité de journaux, non seulement anarchistes, mais de lutte contre la guerre, d’objecteurs de conscience, même de tendances religieuses libres (comme le Journal de Marc Sangnier, qui est catholique antifasciste, très énergique dans le combat contre Mussolini et contre Hitler) vont répétant que Makhno était un héros, presque un saint, qui se sacrifiait pour le peuple, qui jamais n’a provoqué de pogromes, ni professé d’antisémitisme, mais qui était la victime des calomnies des bolcheviks. - J’ai demandé à plusieurs reprises à Moscou des documents sur Makhno (livres, brochures, etc.) ; je n’ai rien reçu.

Huitièmement : la femme de Trotsky lance de tous côtés des lettres circulaires, au sujet de son fils Serge, professeur dans une école technique de Moscou, qui vient d’être arrêté ainsi que sa femme. Elle proteste qu’ils sont absolument innocents, et que leur condamnation est un acte de vengeance contre leur père. Il faudrait encore ici pouvoir répondre par des faits.

J’arrête ici la liste de questions, qui me sont posées. Il en arrivera d’autres. Il faudrait pouvoir y répondre au fur et à mesure : car je le répète, elles font un mal extrême. Je vois quantité de braves gens, qui se détournent de l’action commune pour la défense de l’URSS et qui se rallient aux groupements divers, de plus en plus nombreux, qui, tout en combattant la réaction fasciste, attaquent en même temps la politique de l’URSS. Je reçois nombre journaux de cette tendance (il s’en fonde sans cesse de nouveaux) ; et j’ai le regret d’y voir les noms d’amis que j’estime et que je sais sincèrement révolutionnaires de c ?ur. Des couches très larges d’instituteurs, et par eux, de fils d’ouvriers, sont touchés par ces plaintes et ces accusations. Et, de l’autre côté des mers, les journaux des États-Unis et de l’Amérique de Sud presque entièrement gagnés à l’opposition anarchiste ou trotskyste, font un bruyant écho à ces nouvelles. - Il serait inconcevable qu’on laissât faire, sans réagir énergiquement.

Cher camarade, je ne demande pas être renseigné et informé personnellement. Il ne s’agit pas de moi ; et d’ailleurs, je suis trop âgé et éloigné de Paris, pour pouvoir assumer le rôle de centre d’informations. Mais ce centre d’informations reçues de l’URSS doit exister, doit être fondé, à Paris, en sorte que tous les amis actifs de l’URSS (et moi parmi eux) puissent y puiser et s’y armer, pour répondre par des faits aux attaques inlassables contre l’URSS. Les ennemis de l’URSS sont incomparablement mieux organisés et mieux armés. Ils sont munis d’informations de toutes sources, ils ont une presse nombreuse, des écrivains de valeur, mille moyens d’agir. Nous, vos amis, nous sommes complètement livrés. On ne répond pas de chez vous à nos appels. Les plus dévoués finissent par se lasser et par laisser atteindre par le découragement. Je ne citerai pas ici de noms ; mais je le pourrais, et parmi les meilleurs amis de l’URSS. Je vous presse instamment d’agir dans le sens même que vous avez dit que j’ai rappelé au début de cette lettre : « Nous n’informons pas et n’armons pas assez nos amis, m’avez-vous dit. Nous tâcherons de corriger cela. » Informez- les donc et armez-les ! Il faut fonder à Paris un centre permanent d’informations.

Romain Rolland


Villeneuve (Vaud), villa Olga, 18 mars l937

Cher camarade Staline,

Une fois encore, je m’adresse à vous, usant de la permission que vous m’avez donnée, quand j’ai pu vous parler, il y a deux ans.

À la veille du procès contre Boukharine [12], et sans aucunement contester les charges amassées contre lui, je fais appel à votre haut esprit d’humanité et de compréhension des intérêts supérieurs de l’URSS.

Une intelligence de l’ordre de celle de Boukharine est une richesse pour son pays ; elle peut et doit être conservée, pour le profit des sciences et de la pensée soviétiques. Si elle a pu faillir d’une façon coupable, par le fait de détestables idéologies, il faut châtier ces idéologies, mais épargner l’homme de valeur scientifique, égaré par elles, qui, le reconnaissant et le regrettant, pourra aider à les démasquer et à les combattre énergiquement.

Depuis un siècle et demi que le Tribunal révolutionnaire de Paris condamna à mort le génial chimiste Lavoisier, nous avons toujours en France, nous les plus ardents Révolutionnaires, les plus fidèles au souvenir de Robespierre et du grand Comité du salut public, un amer regret et un remords de cette exécution.

Permettez-moi aussi d’évoquer une mémoire qui nous est chère à tous les deux :celle de notre commun ami Maxime Gorki. J’ai souvent vu chez lui Boukharine, j’ai vu l’affectueuse amitié qui les liait. Que ce souvenir puisse sauver Boukharine ! Au nom de Gorki, je vous demande sa grâce. Quelque coupable qu’il ait pu être, un tel homme n’est pas de l’espèce de ceux du procès précédent [13]. Il pourra faire encore honneur à la pensée soviétique, et témoigner dans l’histoire de votre esprit de magnanimité.

Je vous prie de croire, cher camarade Staline, à mon sincère dévouement.

Romain Rolland


4 août 1937

Cher camarade Staline,

J’apprends par les journaux l’arrestation d’Alexandre Aroseff [14] et de sa femme. Naturellement, je n’ai aucun moyen d’en connaître les raisons, et je ne me permets pas de les apprécier. Mais je tiens à vous dire ceci : depuis plusieurs années que j’ai eu avec Aroseff des entretiens fréquents et des lettres, il m’a toujours témoigné à votre égard une fidélité et un attachement absolus. Pas un seul mot de réticence ou de réserve. Il parlait de vous, avec affection et avec fierté. Or, vous savez que Aroseff n’est pas homme à pouvoir cacher ses sentiments, pour ou contre.

J’ajoute que je viens de recevoir une lettre anxieuse de la mère de sa femme,Thera Freund, de Prague, qui n’a pu obtenir aucune nouvelle de sa fille et de son gendre. Elle met en garde contre l’imputation qui aurait pu être faite de relations épistolaires entre Aro-seff et le fils de Thera Freund, qui est, paraît-il, un écrivain marxiste oppositionnel, mais, assure-t-elle, ennemi déclaré du trotzkisme, contre lequel il a publié beaucoup d’ouvrages. Elle assure que Aroseff était en mauvais termes avec lui, et qu’il ne lui écrivait jamais.

Permettez-moi, en terminant, d’attirer votre attention sur les enfants d’Aroseff, dont l’un a seulement trois ans, et qui sont sans parents, à Moscou. Aroseff et sa femme sont, tous les deux, atteints de maladies de coeur. Ayez la bonté de leur faire savoir qu’on s’occupe de leurs enfants.

Croyez, cher camarade Staline, à mon fidèle dévouement.

Romain Rolland


Villeneuve (Vaud), villa Olga, 16 septembre 1937

Cher camarade Staline,

Je vous ai plusieurs fois écrit, ces mois derniers, mais c’était au sujet d’hommes plus ou moins mêlés au mouvement politique et qui n’avaient avec moi aucune intimité.

Aujourd’hui, c’est au sujet d’un ami, que j’estime et que j’aime : le docteur Oscar Hartoch [15] de l’Institut de médecine expérimentale à Leningrad. Il a été arrêté, au début d’août, sous le chef, m’a-t-on dit, d’« agitation et propagande ». Rien n’est plus éloigné de son caractère. Il est un homme uniquement absorbé par ses travaux et par ses tâches scientifiques (fort importantes, particulièrement dans le champ de l’épidémiologie), il a toujours vécu retiré de toute agitation politique, modeste, timide, maladif ; et cet isolement s’est encore accentué depuis la mort de sa femme, qui l’a accablé, il y a trois ou quatre ans. Il vivait à l’écart avec une s ?ur, venue de Suisse, de nationalité allemande, qui veillait sur sa santé. Je connais la s ?ur et le frère, depuis vingt ans ; j’ai pour eux une amitié fraternelle : je garantis la loyauté et le désintéressement absolus du docteur Oscar Hartoch [16].

Il y a déjà une huitaine d’années, il avait été arrêté avec beaucoup d’autres médecins, dans une affaire des bactériologues. Mais on avait vite établi son innocence, et il avait été relâché. Je ne doute point qu’il n’en soit de même, encore cette fois. Mais il est à redouter que la santé très atteinte du docteur Hartoch n’ait beaucoup à souffrir d’une détention prolongée, sans parler des nombreux services médicaux qu’il dirige et que son absence risque de laisser désorganisés. Permettez-moi, cher camarade Staline, de vous demander d’intervenir, d’un mot, pour que l’enquête au sujet du docteur Hartoch soit hâtée et qu’il puisse, comme j’en suis convaincu, démontrer l’inanité de l’inculpation qui pèse sur lui.

Veuillez croire à mon fidèle dévouement.

Romain Rolland.

[1] Nikolaï Boukharine (1888-1938), à partir de 1934 rédacteur en chef du journal Izvestia du Comité exécutif central de l’URSS.

[2] La lettre de R. Rolland du 28 août 1935 ne fut pas conservée.

[3] Dans cette lettre comme dans toutes celles qui suivent nous avons conservé la forme, le style, voire l’orthographe des originaux. Sauf indication (N.d.l.R.) les notes sont celles de Dialog Pissatelei (cf. article précédent).

[4] Montreux, petite ville balnéaire en Suisse, sur le lac de Genève, où Rolland habita de 1914 à 1919 et de 1922 à 1938.

[5] R. Rolland rencontra Staline dans son bureau du Kremlin le 28 juin 1935 (Bulletin des Archives du président de la fédération de Russie).

[6] Rolland ne reçut pas l’autorisation de publier le texte de l’entretien. Ce texte fut publié en 1996 dans le n° 1 des Nouvelles des Archives du président de la fédération de Russie.

[7] Alexandre Arossev (1890-1938), écrivain, président de la Société pour des relations culturelles avec l’étranger (BOKC), accompagna R. Rolland lors de son séjour en URSS en juin/juillet 1935. Il servait d’interprète pendant l’entretien avec Staline. Le 16 janvier 1936 il transmit cette lettre à Staline.

[8] [N.B. : Dans une lettre-circulaire de Nathalie Trotski en date du 1er juin, on demandait que « Romain Rolland, André Gide, Bernard Show et d’autres amis de l’Union soviétique prissent sur eux l’initiative de créer une telle Commission, d’accord avec le gouvernement soviétique » RR].

[9] Il s’agit non pas de l’hébreu mais du yiddish, langue parlée par les Juifs d’Europe centrale et en Russie [N.d.l.R.].

[10] Les Doukhobors (du russe Dukhobortsi, « lutteurs de l’esprit ») sont membres d’un groupe de chrétiens fondamentalistes né en Russie au XVIIe siècle, adepte de la non-violence et d’un socialisme agraire. Plusieurs milliers d’entre eux ont émigré au Canada à la fin du XIXe siècle [N.d.l.R.].

[11] Nestor Makhno (1889-1934), anarchiste ukrainien qui combattit les bolcheviks après avoir contribué à la défaite des armées blanches. Ses troupes étaient connues pour se livrer à de sanglants pogroms, mais Makhno lui-même a affirmé plusieurs fois combattre tout antisémitisme. Émigré en France, il meurt en 1934 [N.d.l.R.].

[12] Nikolaï Boukharine avait été arrêté le 27 février 1937. Son procès et celui du « Bloc des droitiers et des trotskistes antisoviétiques » dura du 2 au 3 mars 1938. Condamné à mort et exécuté, il a été réhabilité en février 1988 [N.d.l.R.].

[13] Allusion ici au procès de Zinoviev et Kamenev, deux dirigeants historiques du PCb de l’URSS, accusé d’activités « antisoviétiques et trotskistes », condamnés à mort et exécutés en 1936, réhabilités en 1988 [N.d.l.R.].

[14] Voire la note 6.

[15] Oskar Hartokh (1881-1942), microbiologiste, immunologue et épidémiologiste, très célèbre pour ses recherches parmi ses collègues européens.Arrêté le 2 août 1937, il fut libéré le 20 mai 1938, grâce à l’intervention de Romain Rolland auprès de Staline, mais aussi d’autres personnalités soviétiques.Arrêté à nouveau le 31 mai 1941 à Leningrad comme « agent allemand », il sera exécuté le 25 décembre 1942, en plein siège de la ville. Réhabilité en 1956 [N.d.l.R.].

[16] Romain Rolland écrit ici la note suivante : « Voici un trait de ce désintéressement : il y a une douzaine d’années, quand la situation en URSS était encore des plus gênées, le docteur Hartoch, qui avait obtenu de faire en Allemagne et en Suisse un voyage de quelques semaines, reçut d’Allemagne une offre d’emploi scientifique très avantageuse et honorifique.Il la refusa pour retourner en URSS et rester à son poste. J’ai été témoin de l’offre insistante et du refus » [N.d.l.R.].

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