Les addictions chez les jeunes (14-24 ans)

Enquête conçue par le Fonds Actions Addictions, la Fondation pour l’innovation politique et la Fondation Gabriel-Péri

 

 Communiqué de presse

Pornographie, alcool, réseaux sociaux, cannabis, tabac, jeux vidéo, cocaïne/ecstasy/MDMA/GHB, jeux d’argent

Les addictions chez les jeunes (14-24 ans)

Paris, le 8 juin 2018

Alors que le plan gouvernemental contre les addictions doit être rendu public, le Fonds Actions Addictions, la Fondation pour l’innovation politique et la Fondation Gabriel-Péri ont conçu une grande enquête sur les addictions chez les jeunes [1]. Les jeunes sont aujourd’hui non seulement exposés à la consommation de produits à risque, mais aussi aux dangers de nouveaux usages potentiellement addictifs apparus avec les outils numériques et leur propagation.

L’originalité de notre enquête est de s’intéresser à une série de huit addictions, certaines de consommation, d’autres comportementales. Ces dernières, trop peu étudiées, ont pourtant des impacts potentiellement négatifs pour l’individu comme pour l’ensemble de la société.

L’étude s’organise autour de quatre axes principaux d’observation et d’analyse :

  • les consommations déclarées de produits et les comportements potentiellement addictifs chez les jeunes ;
  • la perception que les parents d’enfants de 14 à 24 ans et le grand public ont de ces consommations et de ces comportements chez les jeunes de cet âge ;
  • la connaissance des risques et le système d’attribution des responsabilités ;
  • le degré d’acceptabilité de mesures de prévention et de soins.

L’enquête révèle tout d’abord des niveaux de consommation de produits illicites inquiétants. Alors que la teneur du tétrahydrocannabinol (THC) du cannabis a été multipliée par 6,5 au cours des trente dernières années [2], 6 % des jeunes en fument au moins une fois par semaine. Cette proportion s’élève même à 10 % en région parisienne. Si la consommation de drogues telles que la cocaïne, l’ecstasy, la MDMA ou le GHB est moins répandue, les résultats sont tout aussi alarmants. Selon nos données, quelque 350 000 jeunes auraient déjà consommé l’une de ces drogues, et la moitié d’entre eux en consommeraient au moins une fois par semaine.

Nous devons prendre la pleine mesure de la nocivité et de la dangerosité de ces produits afin d’évaluer correctement l’ampleur du problème sanitaire et social.

Les résultats fournis par cette enquête concernant les addictions comportementales interpellent également : par exemple, 8 % des jeunes garçons de 14-15 ans regardent du porno plusieurs fois par jour. À l’heure où les écrans envahissent le quotidien des jeunes, cette enquête met aussi en lumière le phénomène de polyaddictions : 49 % de ceux qui jouent au moins 5 heures par jour aux jeux vidéo consacrent par ailleurs plus de 5 heures par jour aux réseaux sociaux.

L’intérêt de notre enquête est également d’interroger des parents de jeunes de 14-24 ans (échantillon de 402 parents). Celle-ci révèle que les parents sous-estiment fortement les consommations de leurs enfants : 10 % d’entre eux pensent que leurs enfants boivent de l’alcool au moins une fois par semaine, alors que 30 % des jeunes déclarent un tel niveau de consommation. De même, ils sont7 % à penser que leurs enfants regardent du porno au moins une fois par semaine, ce que 21 % des jeunes nous disent faire. Ce dernier chiffre est particulièrement préoccupant dans la mesure où 64 % des jeunes femmes jugent élevé le risque qu’une personne visionnant ce type de contenu agresse quelqu’un (sexuellement ou physiquement).

Cette étude illustre aussi la facilité avec laquelle les jeunes, notamment les mineurs, peuvent s’adonner à ces consommations et comportements addictifs : 34 % des 14-17 ans considèrent qu’il est aisé de se procurer des drogues comme la cocaïne, l’ecstasy, la MDMA ou le GHB, et 64 % du cannabis. Les mineurs sont même 65 % à penser qu’il est facile d’acheter de l’alcool, 72 % du tabac, et ils sont 92 % à estimer qu’il est simple d’avoir accès au porno.

Malgré tout, l’enquête indique que les jeunes identifient et perçoivent bien les risques associés à ces consommations et à ces comportements, notamment le risque de dépendance. Les risques d’échec scolaire et professionnel, d’isolement et de dépression ou de suicide sont associés à la pratique excessive des jeux vidéo et des réseaux sociaux mais également aux jeux d’argent.

 La responsabilité individuelle dans les consommations et les comportements exposant aux risques d’addiction est reconnue par les jeunes, qui approuvent cependant l’idée d’une prise en charge complète par la solidarité du coût des traitements contre les addictions.

Enfin, nous avons testé l’acceptabilité de mesures destinées à lutter contre les addictions. Une large partie des jeunes approuve l’augmentation des peines de prison pour les trafiquants de drogues comme la cocaïne, l’ecstasy, la MDMA, le GHB (75 %) ; une majorité des jeunes désapprouve la création de points de vente de cannabis contrôlés par l’État (60 %).

Si le grand public souhaite installer des antennes de brouillage à l’école pour empêcher toute connexion Internet, les jeunes n’y sont pas favorables (55 %).

Une majorité des 14-24 ans s’oppose à l’augmentation des prix de l’alcool (69 %) et du tabac (58 %), tout comme à l’interdiction de faire apparaître les personnages qui fument dans les films et les séries (72 %).

Retrouvez l’intégralité de cette enquête en bas de cette page et sur les sites des fondations :

Cette étude a bénéficié du soutien de :

 

 


[1]. Enquête réalisée par l’institut Ipsos entre le 30 mars et le 5 avril 2018. L’échantillon se répartissait en trois groupes :  2 005 individus de 18 ans et plus, 1 000 jeunes de 14 à 24 ans et 402 parents d’enfants de 14 à 24 ans.

[2]. Voir Jean Costentin, « Peut-on encore ignorer les effets du cannabis ? », Le Figaro, 28 janvier 2018, p. 13.

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