La Pensée n°392 - L'identité et ses dérives

Sommaire

Antoine Casanova (1935-2017), directeur de La Pensée (1976-2014), par Claude Gindin.

Culture, histoire humaine, par Antoine Casanova.

L'identité et ses dérives

  • Présentation, par Laurent Etre.
  • Le piège identitaire, par Marc Crépon. Dans le présent essai, on soutient la thèse selon laquelle les idéologies identitaires constituent un poison pour la société et le corps politique. Elles se caractérisent en effet par une quadruple toxicité : celle d’abord d’une division de la vulnérabilité qui entend opposer les uns aux autres les êtres fragilisés par des conditions économiques, politiques et sociales injustes, celle également d’un déni de l’histoire qui refuse d’admettre le caractère hétérogène et composite d’une société plurielle, celle ensuite d’une falsification du présent qui s’arrange avec les faits et les statistiques, celle enfin d’un parti pris de la violence qui se traduit par la lente sédimentation de façons de dire et de faire inacceptables.
  • L’identité, mirage à prendre au sérieux, par Roland Gori. La haine qui sʼempare des partisans des identités meurtrières se manifeste comme une haine de la diversité, diversité constitutive des identifications composites des sujets humains. Les angoisses existentielles et les désarrois politiques qui accompagnent les changements brutaux de la mondialisation ont accru le désir d’identité, et favorisé lʼémergence des terrorismes identitaires. La psychanalyse peut-elle nous aider à rendre compte du désir dʼidentité quʼexploite le politique comme le « religieux », et que recyclent les terrorismes actuels ? L’auteur montre que pour la psychanalyse, lʼidentité se révèle un mirage dont lʼhumain est en quête.
  • Identité de classe en politique, par Julian Mischi. Le discours de classe, qui a placé la notion de « classe ouvrière » au coeur de la culture politique de la gauche, a mis en jeu des stratégies concurrentielles et a pu dissimuler des rapports de force. Revenir sur ces mécanismes de lutte symbolique, en lien avec les évolutions sociales, permet dʼidentifier certaines apories dans la mobilisation politique dʼune identité de classe et dʼéclairer les défis actuels de tout mouvement visant à lʼémancipation des classes populaires.
  • Quelle identité pour la Corse ?, par Ange Rovere. Par un retour sur l’histoire, de la Révolution française à nos jours, l’auteur rappelle comment des gouvernements de gauche, comme de droite, ont pu souffler sur les braises du nationalisme corse, tantôt pour introduire la division dans des luttes sociales, tantôt pour faire de l’île le laboratoire d’un projet conforme à celui d’une Europe des régions. Le miroir Corse est révélateur des enjeux mais aussi des risques que courent la France.  La nation française peut retrouver une cohésion nationale en effaçant les « identités » à contenus ethno-racial, religieux ou « historiques » pour reconstruire une République ouverte sur ses diversités mais fondée sur des valeurs « biens communs », la citoyenneté, la laïcité, la solidarité.
  • National-libéralisme et Europe, par Bruno Odent. Le salut de l’Europe viendrait de la détermination à passer sous la toise de réformes de structure « incontournables » régulièrement exigées par Bruxelles et Berlin, en se protégeant au besoin des vents facétieux de la démocratie. Le libéralisme par ordonnance, une grande coalition à la française et le resserrement européen autour du « couple franco-allemand », promis par le nouveau président français, viendraient ainsi à point nommé. Funeste contresens. Les remèdes brandis ont déjà fait la preuve de leur contenu empoisonné, ravageur pour les cohésions sociales et les équilibres européens. Les populistes et les nationalistes peuvent en tirer d’autant mieux parti qu’ils ne sont jamais vraiment en rupture avec les logiques ordo-libérales de compétition et de puissance. Ils en radicalisent simplement les déterminismes. Comme le prouve l’AfD, l’extrême droite allemande.

Le cours des idées

  • Regard critique sur le « populisme de gauche » de Chantal Mouffe, par Jean Quétier. Le « populisme de gauche » théorisé par Chantal Mouffe commence à faire son chemin. Il faudrait abandonner les vieux schémas rouillés de la gauche traditionnelle (défense des intérêts des salariés, organisations partidaires, etc.) pour faire place à des logiques politiques jugées plus efficaces et plus souples (opposition du « peuple » et de la « caste », plate-formes numériques, etc.). C’est sur un fond de critique du marxisme qui constituerait « un repoussoir » et de reprise hétérodoxe de certains concepts de Gramsci que Chantal Mouffe élabore sa théorie. L’auteur de l’article en présente de manière synthétique les grandes lignes ainsi que les critiques que l’on peut adresser à ce projet qui se  revendique explicitement de l’anti-rationalisme et de l’anti-universalisme.
  • Quel populisme?, par Gérard Moger. La notion de « populisme » est aujourd’hui banalisée sur la scène politico-médiatique et contribue à la confusion. Pour chercher à clarifier cette catégorie « louche » l’auteur ébauche un inventaire des usages de ce mot dans le champ politique, dans le champ littéraire et dans celui des sciences sociales. Une analyse critique de quelques définitions de cette notion qui ont cours dans l’univers
    politico-médiatique contemporain permet de cerner les représentations du peuple et les rapports entre classes populaires et populisme (s) qui les sous-tendent.

Vie de la recherche

  • Le tricentenaire de DʼAlembert et ses OEuvres complètes, par Pierre Crépel.
  • Les droits de lʼhomme selon Stanislas Breton, par Hubert Faes.

La revue des revues

  • Histoire, religion, Napoléon. En guise dʼhommage à antoine Casanova, par Patrick Coulon

 

ISBN : 978-2-37526-021-0, n°392 Octobre-décembre 2017

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