La pensée n° 369

Janvier-mars 2012,

Dossier : Cinéma

Si dans les années quatre-vingt on parlait de la "mort du cinéma", ce dossier, que nous présente Emile Breton, nous invite à constater sa réorganisation en profondeur. 
Frédéric Sojcher analyse les ressorts de la difficile rencontre des films d’auteurs et du grand public et s’interroge notamment sur ce qu’est devenue la cinéphilie, tandis queEmmanuelle Demoris etJean Gruault nous content l’aventure de la naissance d’un film "hors normes" et comment sa production hors des circuits habituels lui a permis de trouver son public. Quant à Alain Bergala, il nous montre que subsistent en France aujourd’hui, pour des raisons à la fois historiques et politiques, de forts liens entre cinéma et éducation mais que cet héritage est menacé. 
En 1976, Jean André Fieschi, cinéaste, critique, qui venait de découvrir la "Paluche" (caméra à l’objectif situé au bout d’un tube manié à la main) disait le bonheur que lui procurait cette façon de filmer à bout de bras, mais aussi que, si merveilleux soit-il, l’outil ne fait pas le cinéaste. Aurélie Ricard et Marie-Claire Treilhou, cinéastes françaises, nous font partager leur expérience auprès de jeunes Afghans "apprentis cinéastes" dans les antennes des Ateliers Varan. 
A partir de la série The Wire (Sur écoute), diffusée sur la chaine HBO de 2002 à 2004, Emile Breton analyse la construction des séries, produites et diffusées par les chaînes à péages américaines, qui portent un regard critique sur la société.

Sommaire

Cinéma

  • Emile BretonD’où il ressort que le mort bouge encore 
    Si dans les années quatre-vingt on parlait de la « mort du cinéma », on s’aperçoit que l’on assiste à une réorganisation en profondeur. Les grands studios hollywoodiens multiplient les initiatives (la « 3D », cinéma en trois dimensions) pour reconquérir les amateurs de grand spectacle. La télévision, avec certaines séries, se dote d’un regard critique sur la société. La mise sur le marché de petites caméras numériques, paraît vouloir mettre le tournage de films à la portée de tous. Or, ce n’est pas l’outil qui fait l’art, mais celui qui l’a en mains.
  • Jean André FieschiNotes sur Les Nouveaux mystères de New York 
    En 1976, Jean André Fieschi, cinéaste, critique, venait de découvrir la « Paluche », caméra à l’objectif situé au bout d’un tube manié à la main. Il dit le bonheur que lui procure cette façon de filmer à bout de bras, mais aussi que rien n’est possible sans la connaissance et l’amour de ce qu’ont réalisé ceux qui, avec des caméras « ordinaires », ont fait le cinéma, de Feuillade à Dziga Vertov. Aussi merveilleux soit-il, l’outil (une « baguette à matérialiser le rêve » est-il dit) ne fait pas le cinéaste.
  • Alain BergalaCinéma et système éducatif : un héritage menacé 
    Si en France subsistent aujourd’hui de forts liens entre cinéma et éducation, les raisons en sont historiques et politiques. Au lendemain de la Libération , les mouvements de masse comme Peuple et Culture et Travail et culture, issus de la Résistance, et le mouvement des ciné-clubs ont mis en place des foyers de discussion et d’éducation par le cinéma. Dans les années 1980 et 90, des dispositifs institutionnels comme Les arts à l’école, puis Le Cinéma cent ans de jeunesse, ont fait du cinéma un outil d’éducation et introduit sa pratique dans les classes.
  • Frédéric SojcherQuels films pour quels spectateurs ? 
    Naguère (doit-on dire jadis ?) les films d’auteur et le grand public ont pu se rencontrer. Cette rencontre devient de plus en plus difficile : blockbusters contre petits budgets, films d’art et d’essai refusés aux salles du même nom, les grands circuits sautant sur tout ce qui peut rapporter de l’argent, les films ne naissent pas libres et égaux en droits. Pourtant, s’il fallait opposer oeuvres de réflexion à oeuvres de divertissement, ce serait la défaite d’une certaine conception du cinéma, mais aussi de la vie et du vouloir être ensemble à travers la fiction.
  • Aurélie RicardMarie-Claire TreilhouExpérience d’école : les Varan en Afghanistan 
    Fondés en 1981 par des cinéastes français dont Jean Rouch pour aider à la naissance de cinématographies dans des pays du Tiers-monde, les ateliers Varan ont, depuis quelques années, créé des antennes en Afghanistan. Il est question dans cet article des deux derniers séjours afghans de deux cinéastes françaises. Elles rappellent que leur premier travail auprès des stagiaires doit être de « décapage », soit les débarrasser des idées toutes faites qu’ils se font du cinéma à travers l’ordinaire de la télévision.
  • Émile BretonÀ l’écoute de Baltimore ville en souffrance 
    Diffusé sur la chaîne de télévision à péage HBO de juin 2002 à mars 2004, reprise en France en 2004 et aujourd’hui éditée en coffret DVD, The Wire (Sur écoute) est une série américaine en cinq « saisons » de douze à treize épisodes d’une heure chacun, soit plus de soixante heures de film. Tournée à Baltimore, c’est, à partir d’une histoire de lutte contre un trafic de drogue, la radiographie d’une ville en souffrance. « Un moyen furieux, dit son auteur, de ne jamais laisser oublier aux gens que c’est leur faute si le pays est devenu ainsi. »
  • Emmanuelle DemorisJean GruaultComment Mafrouzatrouva le chemin du public 
    Tourné pendant cinq ans avec une mini caméra au cours de plusieurs séjours auprès (et avec) des habitants d’une ancienne nécropole gréco-romaine d’Alexandrie convertie par des sans logis en habitations à demeure, Mafrouza, film en cinq parties d’une durée de plus de douze heures, n’aurait jamais pu trouver son public s’il n’avait été produit hors des circuits habituels. Il est pourtant sorti l’automne dernier en salles et va être édité en DVD.

Le cours des idées

  • Sarah BachEnseigner à Garges-lès-Gonesse 
    Attaqué de toutes part dans les discours gouvernementaux, le collège unique prend l’eau. Les conséquences de son progressif démantèlement sont perceptibles tant sur les personnels que sur les élèves, tant dans l’évolution des rapports entre les enseignants et leur administration que dans les modifications du lien aux familles, tant au niveau de l’institution que de la perception qu’en a la société civile. Ces métamorphoses du corps scolaire s’accompagnent de répercussions importantes à l’intérieur des classes. Repenser l’école des adultes questionne l’école offerte aux enfants. Dans le collège des années 2000 l’usager n’est plus l’élève.
  • Paul BoccaraPour une autre construction euro-méditerranéenne 
    À la suite de la chute des dictatures en Tunisie, en Égypte et du choc au sud de la Méditerranée, la question est soulevée d’une autre construction euro-méditerranéenne. Deux orientations opposées sont possibles, soit une démocratisation pour un co-développement, soit une domination financière néo-libérale renouvelée qui l’emporte actuellement. Un progrès social éventuel se relie à une autre utilisation de la Banque centrale européenne.

Confrontations

  • Nils AnderssonL’humanitaire fourvoyé 
    Après les échecs au Kurdistan, en Somalie, au Rwanda et au Kosovo du concept du « droit d’ingérence humanitaire » invoqué par l’ONU dans les années 1990, un nouveau concept est adopté en 2005 : « La responsabilité de protéger » dont la Libye s’avère un déplorable laboratoire d’essai.

Revue des revues

  • Patrick CoulonVoter reste l’acte politique le mieux partagé

Vie de la recherche

  • Rémy HerreraPoeura TetoeLa Papouasie-Nouvelle-Guinée entre dépendance et résistances
  • Claude GindinQu’entendre par « crise de l’Ancien Régime » ?
  • Marcello MustoRevisiter le concept d’aliénation chez Marx

Documents

  • Jean VigoVers un cinéma social

Livres

  • Comptes rendus par Patrick Coulon, Jean-Pierre Jouffroy, André Narritsens, Salim Mokaddem, Fabien Maury, Gaëtan Flocco, Régis Regnault, Jean George, Manuel Kazar, Yves Vargas, Jacques Couland, Jacques Bénézit

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