Etudes électorales

Roger Martelli

Evolution politique et sociodémographique des villes PC et front de gauche

Communisme municipal : les transformations d’un espace local


Je ne ferai pas une analyse sociologique du « communisme municipal », mais je proposerai quelques pistes d’analyse globale pour servir de cadre à une étude plus fine, au plus près du terrain. Pour esquisser ces pistes, je me suis appuyé bien sûr sur des études historiques portant sur la  longue durée, rassemblée dans une synthèse parue en 2008, L’Archipel communiste. J’ai essayé de les compléter en constituant une base de données sociodémographiques et électorales portant sur environ 750 communes qui ont été administrées par un maire communiste ou apparenté entre 2008 et aujourd’hui.

Cette base de données porte sur la période 1968-2012 pour ce qui est des données sociodémographiques et sur la période 2002-2015 pour les données électorales. Pour une bonne part, ces données descendent jusqu’au bureau de vote (47 000 bureaux environ pour la France métropolitaine, dont 2 000 pour les villes de gestion communiste ou apparentée).

I. Rétrospective : le « communisme municipal » est un fait « total »

Je rappelle au départ que toute étude du communisme municipal comme objet social doit partir de l’idée qu’il s’agit d’un fait « total », dont l’étude ne saurait se réduire à la description des groupes sociaux qui en sont le support. Sans doute l’expression de « communisme municipal » a-t-elle le défaut de simplifier une réalité marquée par la diversité des enracinements locaux et des pratiques locales, gestionnaires et politiques. Mais la formule a aussi un mérite. Elle nous dit que nous avons affaire à bien plus qu’un territoire où les communistes sont en position d’hégémonie politique : nous traitons d’un espace complexe où s’entremêlent l’institutionnel, le social et le symbolique, dans une dynamique que le politique a su unifier et reproduire, en tout cas pendant quelques décennies. C’est la lente désagrégation de cet ensemble qui est à la base des évolutions  difficiles du temps présent.

Des années trente jusqu’aux années 1970, trois grands traits ont identifié le communisme municipal :

• Le premier est  la capacité à donner du sens à une expérience locale qui est à la fois singulière (l’historien Michel Hastings a pu ainsi parler de « communisme aux couleurs du local ») et universelle (c’est un modèle expansif, qui se veut reproductible). La municipalité communiste est d’abord un lieu  d’organisation de la sociabilité populaire, un territoire ouvrier dont les édiles sont issus du monde plébéien et qui vise avant tout à limiter les effets  de carence qui sont le lot du peuple. C’est d’autre part un lieu qui apparaît comme le premier pas vers la cité idéale où le peuple ouvrier ne sera plus souffrant mais dirigeant ; un lieu donc où doivent en principe fusionner la modernité urbaine et le mode de vie populaire, dans une dynamique d’émancipation continue.

• Le second trait du communisme municipal est le souci exprimé d’une cohérence communale qui se vit et qui se dit. Concentrée au départ dans la banlieue rouge et dans les isolats ouvriers, la municipalité communiste se veut le lieu de valorisation d’un espace populaire en expansion, corrélé à l’industrie mécanicienne de la seconde révolution industrielle. Ce n’est plus l’espace du manque, surveillé et dévalorisé (ce n’est plus le « Far West français », comme on le disait dans l’entre-deuxguerres). La gestion communiste, par son souci de la mise en scène populaire (la réunion, la  manifestation, la presse municipale) confond la recherche de la dignité et de la reconnaissance ouvrières d’un côté et, d’un autre côté, la promotion d’un territoire qui n’est plus celui des rejetés de l’urbanisation, mais d’un peuple urbain protégé par ses statuts et installé dans ses territoires de  travail et de vie. En cela, l’espace communiste municipal est à la fois un laboratoire de l’égalité et de la modernité.

• Le troisième trait, enfin, est le lien qui s’établit, dès les années 1920, entre un modèle de gestion communale « sociale » (au sens large du terme)  et une sociabilité locale. Au-delà d’un mode de gestion communale, le communisme municipal est un type de sociabilité populaire. On peut  considérer, en fait, que l’espace municipal communiste est celui qui, au XXe siècle, pousse le plus loin l’émergence d’une culture populaire urbaine  nouvelle : il s’agit en effet d’une culture d’agglomération, qui prend le relais des sociabilités plus anciennes de la communauté de village, des isolats
ouvriers (la culture des corons) et des faubourgs de la ville du XIXe siècle. On sait que ce modèle, dont l’apogée se situe entre la Libération et de  début des années soixante (les élections de 1977 en sont l’ultime écho décalé), entre en crise dès la fin des années 1970.

II. L’observation des données

Avant de décortiquer les mécanismes de crise, je vous propose un temps d’observation, en naviguant dans notre base de données, autour de  quelques tableaux récapitulatifs, présentés à la suite de ce texte.

1. Les deux premiers tableaux rappellent le cadre général d’évolution du communisme municipal. Jusqu’en 2008, l’analyse porte sur l’ensemble  des communes. Pour 2014, il n’a pas été possible d’en faire autant. La seule comparaison possible en longue durée porte donc sur les communes de plus de 3 500 habitants, soit un quart seulement des communes mais qui regroupent tout de même 90 % de la population administrée. En 1977,  les municipalités communistes et apparentées sont au nombre de 380 et regroupent 7,6 millions d’habitants ; en 2014, elles sont 146 pour 2,3 millions d’habitants administrés. La perte est donc entre un tiers et un quart du nombre initial de communes, d’un peu moins d’un tiers en  population administrée. Pour cette tranche de communes, comme le montre le tableau 2, l’érosion a été continue depuis 1983, sauf en 2008. On  notera que les reculs les plus importants ont eu lieu en 1989 et en 2014 : environ un quart de l’effectif en moins. J’ajoute un aspect qui ne se voit  pas dans le tableau : en 2014, un tiers des pertes environ s’est fait au bénéfice d’un candidat classé à gauche. 

2. Le troisième tableau porte sur l’évolution démographique. Jusqu’en 1975, la croissance démographique des villes communistes est supérieure à la moyenne nationale. Ce n’est plus le cas depuis. Entre 1990 et 1999, ces villes ont même connu un léger tassement, récupéré depuis, mais dans une proportion moindre que la France métropolitaine. Au total, les 750 communes observées ont vu leur part dans la population française reculer entre 1975 (6,4 %) et aujourd’hui (5,7 %). Croissance moindre, donc attractivité moindre…

3. Quels sont les traits sociodémographiques les plus généraux ? Structurellement, ils sont sans surprise : le tableau 4 montre que les communes CF sont en moyenne un peu plus jeunes, comptent deux fois plus d’étrangers que la moyenne nationale et davantage de chômeurs. Les formations scolaires les plus courtes y sont plus nombreuses, les plus longues moins denses. On y trouve un peu moins de cadres de et de  professions intermédiaires, un peu plus d’ouvriers et d’employés, sensiblement moins de propriétaires de leur logement et davantage de locataires HLM. La mobilité résidentielle y est aussi un peu plus faible qu’ailleurs : un peu moins de ménages installés depuis moins de deux ans, un peu plus installés depuis plus de dix ans. Il reste donc un zeste d’originalité sociologique globale aux communes administrées par des communistes.

4. Mais comment ont évolué les groupes sociaux ? Comme partout ailleurs (tableau 5). La part des cadres et professions intellectuelles  supérieures a plus que doublé entre 1968 et 2012, tandis que celles des catégories les plus populaires (employés et ouvriers) se tassait  légèrement. En 1968, il y avait 4,5 fois plus d’ouvriers et d’employés que de cadres ; en 2012, il y en a 1,7 fois plus, soit un rapport proche de ce que l’on observe à l’échelle du territoire métropolitain. En 2012, en tout cas (tableau 6), il y a presqu’autant de cadres que d’ouvriers et d’employés (environ un tiers pour chaque groupe). L’espace historique du communisme reste populaire (deux tiers des actifs sont ouvriers ou employés), mais il n’est plus prolétarien.

Les évolutions les plus récentes (tableau 7) ont renforcé un peu plus le trait. Dans des villes de croissance ralentie et dont la population vieillit  davantage que la moyenne nationale, les cadres et professions intermédiaires enregistrent une croissance plus forte que la moyenne nationale, alors que les catégories populaires se tassent, un peu plus même que dans le reste du pays. Au total (tableau 9), les spécificités sociales des villes de l’espace communiste ancien ne disparaissent pas, mais s’estompent peu à peu.

5. Les moyennes communales cachent toutefois une très grande inégalité par quartier (tableau 10). Le document 10 classe les 2 000 bureaux  selon 9 grandes caractéristiques sociodémographiques. Ne sont retenus ici que les 10 premiers bureaux et les 10 derniers par ordre hiérarchique. Pour chaque catégorie, on a calculé le coefficient de multiplication entre le pourcentage le plus élevé et le plus faible ; plus le rapport est élevé, plus l’hétérogénéité est grande. On constate alors que les écarts les plus faibles concernent la part des catégories populaires (écart de 1 à 9), et celle des formations supérieures (1 à 9) ; ils sont un peu plus élevés pour les tranches d’âge et la part des sans diplôme. Ils vont de 1 à 30 pour les  cadres et professions intermédiaires et ils sont maximaux pour la part des étrangers.

6. Que conclure de ces traits ? Que les villes de l’espace communiste ancien restent bien populaires, les catégories populaires étant plutôt bien réparties en moyenne dans le territoire communal. En revanche, la polarité s’exacerbe aux extrêmes de la hiérarchie sociale : là le mélange ne s’opère pas. Il y a des ouvriers et des employés, plus ou moins mais un peu partout ; ce n’est pas le cas des cadres et moins encore des étrangers. Mettons ce fait en relation avec l’évolution des catégories populaires elles-mêmes et avec la moindre mobilité de la population : on peut  alors formuler une hypothèse. La croissance démographique ralentie depuis 1975 cache une différenciation notable qui diversifie à l’extrême la  dialectique de la stabilité et de la mobilité. L’espace communiste, surtout dans la périphérie de petite couronne, enregistre l’arrivée de couches moyennes-supérieures et de couches moyennes écartées des villes-centres. En revanche, la rétraction des groupes ouvriers anciens dit à la fois  le vieillissement général de la classe et le départ vers les périphéries plus éloignées des strates ouvrières antérieures. La population actuelle  comporte donc trois groupes dont les intérêts peuvent diverger : les catégories populaires classiques qui demeurent dans tous les types de quartier et qui, dans les zones de population plus pauvre, peuvent vivre le risque du déclassement ; une population précarisée mais non sans ressource (scolaire notamment), qui peut trouver dans l’homogénéité relative des « quartiers » la base de sa survie ou de son développement ; une  population plus aisée, qui côtoie les catégories populaires relativement stables mais pas les plus précarisées, et qui peut souhaiter la « moyennisation » par le haut des espaces urbains.

7. Y a-t-il un lien entre ces évolutions sociodémographiques et l’évolution du vote ? Pour le faire, j’ai tenté une analyse de corrélation en brassant les grandes données sociodémographiques et les indices d’évolution électorale par grand type de scrutin. Ces corrélations sont résumées dans deux tableaux (document 11), l’un qui porte que les 700 communes pour lesquelles la totalité des données est disponibles, l’autre qui porte sur une centaine de villes perdues. Disons, en gros, que les deux tableaux montrent avant tout le faible poids des données sociodémographiques dans les grandes évolutions du vote de 2002 à 2015. Les sociodémographiques continuent d’orienter le vote, mais ne semblent pas jouer de façon simple
dans ses déplacements. Dans les deux cas, les indices de corrélation sont faibles, positivement ou négativement. Ils sont un peu plus nets dans les villes perdues, mais sans que se dégagent des lignes de différenciation sociale nettes.

8. On peut à partir de là faire deux séries d’hypothèses :

• La première renvoie à l’idée, par ailleurs bien connue, selon laquelle l’effet des différenciations sociales varie en fonction de l’écologie globale des territoires. Les groupes sociaux n’ont pas le même comportement politique selon l’équilibre social des territoires dans lesquels ils vivent. Par  exemple, dans les villes communistes les bureaux à forte population étrangère s’abstiennent un peu plus que la moyenne, ils se reportent aussi un peu plus que la moyenne sur le Front de gauche et la gauche aux élections européennes. À l’autre bout de la hiérarchie sociale, les cadres et professions intellectuelles supérieures ont un peu plus que la moyenne voté pour le Front de gauche et la gauche dans les scrutins présidentiels et européennes.

• La seconde hypothèse renvoie au politique luimême. L’espace communiste ancien était à la fois un territoire socialement défini et un lieu de vote à gauche maximal. Or nous vivons une période marquée à la fois par une certaine dilution de « l’exceptionnalité » sociale de cet espace et une phase d’incertitude profonde de l’identification à gauche, et cela dans toutes les composantes de ladite gauche. Les déterminants de gauche fonctionnent, mais moins que par le passé, de façon moins stable et dans une différenciation interne croissante. Cette incertitude apparaît de façon concentrée dans le document 12 qui porte sur l’évolution du vote de gauche. La moyenne du vote de gauche, toutes élections confondues, est passée de 56,6 % entre 2002 et 2009 à 54,4 % entre 2012 et 2015, alors que cette moyenne progressait très légèrement dans l’ensemble du territoire métropolitain. Si l’espace communiste reste plus à gauche que la moyenne, il l’est moins qu’auparavant et il ne l’est plus de façon uniforme à toutes les élections. À cette fragilité globale, s’ajoute la moindre cohésion de cet électorat : l’hégémonie communiste à l’intérieur de la gauche n’est  plus assurée et, dans des conjonctures locales, la concurrence à gauche peut jouer nettement en défaveur de la partie la plus à gauche de la  gauche, comme cela s’est observé dans de nombreux cas en 2014.

III. Les temps forts de la crise

Je terminerai en m’essayant à quelques réflexions très générales. Je suis parti d’une caractérisation rapide des lignes de force anciennes de l’ainsi nommé « communisme municipal ». J’en viens donc à ce qui a défait ces lignes de force. Je laisse de côté les grands substrats de toute analyse :
les mutations dans les rapports des classes, le déplacement des groupes dits inducteurs – les grandes figures dominantes du peuple laborieux, comme autrefois le typographe, le mineur ou le métallo -, le changement général des formes de sociabilité et des grandes représentations collectives. Je m’en tiens ici à trois grands éléments spécifiques de crise à l’intérieur des espaces qui furent ceux du communisme municipal.

• La gestion communiste a valorisé les territoires de la banlieue et, plus généralement, les espaces populaires liés à l’industrie. L’imaginaire  municipal des communistes s’est associé à la fierté de la banlieue, à la fin de l’enclavement et de la relégation des « classes dangereuses ». Or la fin des années soixante-dix a ouvert une nouvelle phase de dévalorisation, avec au coeur la question du logement, et plus particulièrement celle des grands ensembles. Les ménages populaires en ascension sociale ou relativement protégés aspirent à d’autres conditions de logement et  amorcent leur transfert vers les couronnes périphériques ; les plus précaires se trouvent captifs d’un environnement urbain dévalorisé et  rapidement dégradé. Départ volontaire des uns et résidence forcée des autres : on passe de l’image d’un territoire valorisé par la qualité des équipements collectifs et par la densité de sa sociabilité populaire à l’image d’un territoire déprécié par la triple tendance du retrait industriel, de la «  ghettoïsation » du tissu urbain et de la dégradation du bâti et des espaces partagés, qu’ils soient publics ou résidentiels.

• Le second déterminant de crise se trouve dans l’évolution de la gestion publique. Les années 1930-1960 ont été marquées par le grand partage  des tâches entre un État entrepreneur et stratège qui aménage le territoire et des municipalités chargés de la gestion du quotidien social. Or l’État  se désengage sur tous les terrains avec l’effritement de l’État-providence et la décentralisation. Cela se fait alors que l’enjeu territorial grandit : la  qualité du territoire devient un élément structurant, un lieu de valorisation matérielle et symblolique au moins aussi grand que l’était l’usine de la  seconde révolution industrielle. L’accès égal aux services urbains, la synergie des espaces publics et des espaces privés se combinent désormais  vec les questions structurantes d’hier, celle des statuts du travail et celle de la redistribution des ressources. En phase de grand retour  de la machine à produire de l’inégalité, la question urbaine et le sentiment du délaissement périphérique deviennent des éléments structurants, du  social comme du politique.

• Le troisième noeud de crise se trouve au coeur même de la sociabilité populaire. Que nous disent les chiffres évoqués tout à l’heure ? Que les  catégories populaires gardent une place notable dans l’espace communiste local. Mais elles se tassent numériquement par le départ de groupes  anciens. Et elles se transforment dans leur composition, avec le recul des groupes inducteurs qui organisaient le monde ouvrier d’hier et avec la montée d’une polarité sociale distinguant et même séparant les mieux nantis et les plus précaires qui se mélangent de moins en moins. Les  années trente-cinquante avaient tendu à unifier relativement l’espace urbain périphérique autour des groupes moteurs de l’industrie et de leur  sociabilité expansive. Ces groupes se résorbent ou s’éloignent et leur recul s’accompagne du déclin de leur sociabilité. À la place se développent des formes nouvelles, soit portées par des couches moyennes en expansion, soit accompagnant l’existence des groupes les plus précaires,  souvent liées aux étapes antérieures de l’immigration, groupes qui oscillent eux-mêmes, comme le mouvement ouvrier des origines, entre  l’exigence fière et combative de l’accès aux droits et la tentation du ressentiment violent et de la clôture sur soi, sur l’individu concurrent de tous les autres ou sur la communauté restreinte. Au total, la texture des cultures de classe se délite, pour laisser la place à des identifications nouvelles, qui  ’excluent pas la critique de l’ordre dominant et la recherche de nouvelles utopies, mais qui, pour l’instant tout au moins, les recouvrent  massivement par les thématiques de l’identité, de la peur « de ne plus être chez soi ».  

4. Le coeur des crises locales se trouve donc dans ce grand retournement historique : l’espace urbain populaire, toujours divers, avait tendu à  s’unifier ; aujourd’hui, les inégalités croissantes figent la diversité en différence, ne semblant laisser de choix qu’entre l’indifférence aux différences  d’un côté, la fascination de la différence pour la différence de l’autre côté. Les catégories populaires sont là, mais il n’y plus de groupe central qui  serve de support à leur relative unification. C’est donc la question de la possibilité ou de l’impossibilité d’inverser cette tendance contemporaine à la fragmentation qui est au coeur des alternatives. Pour l’instant n’existent que deux grands modèles de gestion de cette fragmentation à l’intérieur du  système financier dominant : d’un côté, le parti pris aujourd’hui dominant de la concurrence (la compétitivité et l’attractivité des territoires) et de  l’ordre sécuritaire et technocratique qui est au coeur des projets libéraux et sociaux-libéraux ; d’un autre côté, la valorisation d’un républicanisme  répétitif et souvent incantatoire qui ne semble guère en mesure de surmonter les pentes étatistes qui firent sa force hier et qui contredisent aujourd’hui le troisième parti pris possible : celui de l’émancipation. Comment, dans des territoires mouvants, travaillés par les inégalités, redonner  du sens commun à des populations qui ne savent plus regarder ensemble l’avenir ? Comment réunifier des groupes aujourd’hui dispersés, autour  d’un projet de dignité et de responsabilité, comme il put s’en former naguère ? Telle est sans doute la manière de ne pas succomber à l’idée d’une  fatalité dans le déclin. Mais ce n’est pas le coeur de mon propos, qui cherche d’abord à mettre en évidence les noeuds de difficulté et de  contradictions conditionnant aujourd’hui l’action publique et le conflit politique. S’il me fallait résumer l’essentiel des tableaux présentés, je le ferais  en une phrase : ils nous montrent un espace communal de moindre dynamisme démographique, qui souffre d’un manque d’attractivité globale,  dont la sociologie se rapproche de la moyenne nationale et où la gauche tend à s’affaiblir et à se dissocier. Tout, dans cette situation, ne relève pas  des seuls effets nationaux. L’écologie territoriale joue un rôle structurant non négligeable. Ainsi, la capacité à penser la dynamique urbaine moderne et, dans ce cadre, la possibilité de définir les conditions de politiques locales innovantes, populaires, nourries des valeurs de la gauche  historique, pèseront lourdement dans la balance dans les prochaines années. Je ne me risquerai donc pas aux suggestions alternatives. Je me  contenterai d’une seule remarque, qui porte sur le cadre général du projet. On a vu que, dans l’espace étudié ici, la typologie des catégories  sociales ne vaut qu’à l’intérieur d’un territoire globalement défini. Dans la promotion qui fut naguère celle des catégories populaires, la capacité à  inscrire les demandes d’égalité, de dignité et de stabilité à l’intérieur d’un territoire lui-même valorisé n’a pas été pour rien dans l’efficacité du « communisme municipal ». Une capacité analogue devrait donc se rechercher : la promotion actuelle du peuple est inséparable de celle du territoire dans lequel il vit. Ce territoire toujours populaire n’est pas sans potentialités ; mais pour l’instant il fonctionne et il est vécu sur le registre du déclin  et de la moindre attractivité. Contrecarrer cette image, penser le peuple tel qu’il est, dans le territoire qui doit et peut être le sien : ce n’est  certainement pas une dimension mineure des relances démocratiques de demain. Au fond, il n’est pas aujourd’hui de valorisation du peuple  pensable sans valorisation de l’urbain qui l’enserre. Disons-le autrement : il n’est pas de projet de société solide, sans projet pour le territoire  concret qui en est le support.

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