Editorial - « J'avais vingt ans et ... »

La France a mal à sa jeunesse

Au moment où ces lignes sont écrites (15 mars), la protestation de la jeunesse étudiante et lycéenne contre le Contrat première embauche (CPE) ne faiblit pas. Le mouvement prend même chaque jour plus d’ampleur. Les déclarations répétées du Premier ministre, celle du Président lui-même, semblent mettre plus d’huile sur le feu que circonscrire l’incendie.

Après l’automne chaud des banlieues, c’est le printemps bouillant des facs.

La France a mal à sa jeunesse.

Les premières pages d’Aden Arabie de Paul Nizan reviennent comme un mauvais songe : « J’avais vingt ans. Je ne laisserai personne dire que c’est le plus bel âge de la vie. Tout menace de ruine un jeune homme : l’amour, les idées, la perte de sa famille, l’entrée parmi les grandes personnes. Il est dur à prendre sa partie dans le monde.

À quoi ressemblait notre monde ? Il avait l’air du chaos que les Grecs mettaient à l’origine de l’univers dans les nuées de la fabrication. Seulement on croyait y voir le commencement de la fin, de la vraie fin, et non de celle qui est le commencement d’un commencement. »

Les angoisses des jeunes gens et des jeunes filles d’aujourd’hui ne sont, hélas !, guère différentes : chaos d’un monde proie des rapaces de la finance et du parti de la guerre ; et une vie qui ne commence pas par le commencement : le choix d’un avenir.

Précarité. Horrible mot. Le Littré en donne la définition suivante : « Qui ne s’exerce que par permission, que par tolérance, avec dépendance. » Tout un programme !

Bernard Frederick

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