Conflictualité sociale et politique : mise en regard France Etats-Unis

Séminaire franco-américain, participation restreinte.

À travers un nouveau séminaire franco-américain qui se veut ouvert du point de vue des échanges et des débats, la Fondation Gabriel Péri se propose d’étudier la conflictualité sociale aujourd’hui en France et aux Etats-Unis. Il s’agit d’aborder celle-ci à partir du monde du travail et de ses effets sur le politique et les nouvelles constructions d’alliances majoritaires en vue d’accéder au pouvoir pour procéder à la transformation de la société.

Depuis 40 ans, les sciences sociales ont mis l’accent sur les nouveaux mouvements sociaux. Dans le même temps, les luttes liées au travail gardent leur centralité. Elles représentent 90% des manifestations de rue en France, alors que le syndicalisme traditionnel, confronté à des réalités et des défis inédits, est en crise. Les mutations complexes du travail dans un contexte de financiarisation du capitalisme, et à l’heure des révolutions numérique et technologique, changent les formes et les modes d’organisation, et le travail lui-même. Les mobilisations collectives se renouvellent et sont hétérogènes. L’action syndicale, revendicative et transformatrice évolue aussi sous la pression des rapports de force.

En France, les récentes mobilisations contre la loi travail et ses ordonnances se sont montrées diverses et créatives. Elles ont duré plusieurs mois et investi le débat public. La grève des travailleurs de la SNCF pour la sauvegarde du service public en juin 2018 si elle n’a pas été victorieuse a été conduite sous des formes originales par un mouvement unitaire et soutenue par une partie importante de l’opinion.

Aux États-Unis, la lutte pour le salaire minimum à 15 dollars a marqué des points. Les salariés précaires, employés de nettoyage, de la restauration, les enseignants sont durablement mobilisés pour l’amélioration de leurs conditions de travail et les salaires.

La dégradation du pouvoir d’achat et la pauvreté croissante depuis la crise de 2008 provoquent de nouvelles mobilisations dont les conséquences politiques sont à étudier.

Dans le même temps, la précarisation pèse sur l’engagement qui trouve des chemins nouveaux dans et en dehors du salariat, notamment parmi les jeunes.

La lutte contre le racisme, les discriminations culturelles et de genre, dans le travail et au-delà, fait apparaître l’accès au droit comme un aspect central du combat pour l’émancipation aujourd’hui et un outil de changement des structures sociales des sociétés américaines et françaises.

Sur ces différentes thématiques une mise en regard des situations aux États-Unis et en France a sa pertinence. La comparaison mettra en évidence les similitudes et les singularités.  Le rôle de l’État et des régulations politiques par exemple, n’est pas le même dans les deux pays, mais demeure bien réel. Aux États-Unis les lois réglementant l’emploi sont nombreuses et anciennes tant au niveau fédéral qu’à celui des États. Elles continuent d’évoluer. Les régimes de négociation collective sont certes différents en France et de l’autre côté de l’Atlantique, mais ils tendent à converger en faveur d’une américanisation des rapports sociaux dans l’entreprise.

Comment expliquer ces constats communs allant de l’effondrement de la syndicalisation et de la négociation collective, d’une culture historique patronale souvent marquée par une hostilité au fait syndical, aux regains des luttes actuelles caractérisées par une tendance à l’éclatement?

Cette dispersion théorisée par certains chercheurs prend un nouveau relief avec la révolution numérique, le bouleversement des enjeux de pouvoir et des rapports de propriétés. L’installation dans le débat d’idées et dans l’expérimentation de pratiques nouvelles, des « nouveaux communs » qui ne se confondent ni avec le privé, ni avec le public, ni avec le marché, ni avec l’État, serait le signe d’une nouvelle dimension de la lutte de classes dont l’objectif ne serait plus de reprendre le contrôle de l’État ni de le remplacer mais de conquérir de nouvelles libertés, de faire avancer la justice, l’égalité et les droits. Ce qui n’est pas sans poser des questions essentielles sur le rapport entre politique et mouvement social et sur les conditions de la transformation sociale. Observe-t-on sur ces questions les mêmes développements en France et aux États-Unis ?

Le séminaire intégrera également les mobilisations collectives de droite et d’extrême droite, "tea party", "manif pour tous", mouvements racistes et néofascistes, car elles posentune question théorique importante. La notion de mobilisation collective ne s'incarne pas seulement dans les forces de gauche. Quelles en sont les conséquences du point de vue de la transformation des sociétés ? On les trouve aujourd'hui dans certains populismes qui s'opposent à toute transformation progressiste de la société, et proposent un "repli sur soi". Là encore, la comparaison France – États-Unis peut être riche d’enseignements.

En résumé, deux axes qui peuvent être traités liés l’un à l’autre ou au contraire de façon séparée, peuvent définir la problématique globale. D’une part, les transformations de l’action collective et ses effets sur les transformations sociales ou politiques ; d’autre part, la conjonction des luttes pour l’accès au droit ou l’obtention de nouveaux droits. Le premier axe renvoie (ou peut renvoyer) à un projet politique de transformation. Le second axe, pas forcément.

  

 Séance inaugurale 

 

Jeudi 20 septembre 2018 

 

14h30-17h à la fondation Gabriel Péri

 

 Avec Mark Kesselman et Nonna Mayer 

"La politisation des couches populaires aux Etats-Unis et en France "


Sémainaire sur invitation. Pour toute demande d'information, merci d'écrire à clemoing@gabrielperi.fr 

Prochaines séances : 

  • Deuxième séance - Vendredi 12 octobre, 14h30-17h30 : avec Isabelle Sommier. Violences, ZAD, autonomes, black blocks : ressorts et sociologie des nouvelles radicalités aujourd'hui.
  • Troisième séance - Mercredi 14 Novembre, 15h–17h : avec Martin Schain. Immigration, travail, syndicats. 
  • Quatrième séance - Décembre : avec Guy Groux. L’américanisation des rapports sociaux dans l’entreprise : une réalité hégémonique ou une sorte de leurre. La concurrence des deux « capitalismes » occidentaux.

 

 

 


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