Conflictualité sociale et politique : mise en regard France Etats-Unis

Séminaire franco-américain.

Prochaines séances

5. Lundi 25 mars 2019, 14h30-16h30, à l'université Paris-Diderot : avec Jennifer Klein, professeure d’histoire sociale, Université de Yale, auteure avec Eileen Boris de Caring for America, Home Health Workers in the Shadow of the Welfare State.  “Women, Work, and Welfare : A history of Gender and Precarious Labour Markets in Britain and the US."
Lieu : Bâtiment Olympe de Gouges (ODG 830), Place Paul Ricoeur 75013 Paris
Plus de détail sur : http://www.larca.univ-paris-diderot.fr/seminaires/genre/article/seminaire-de-l-axe-genre
Séance en anglais

6. Jeudi 13 juin 2019, 18h30 : avec Jérôme Pélisse, sociologue, professeur des universités à Sciences Po, "Mobiliser le droit sur les lieux de travail, France - Californie", à l'espace Oscar Niemeyer (salle des conférences, 1er sous-sol), M°Colonel Fabien (ligne 2). 

 

Séances précédentes 

4. Quatrième séance avec Guy Groux (mardi 15 janvier 2019), "Du Plan Marshall à Macron : l’américanisation des rapports sociaux ?" et "Les gilets jaunes : premiers regards" 

L’américanisation des rapports sociaux en France renvoie à un contexte historique -le Plan Marshall- et à la conception de dirigeants américains qui considéraient alors le syndicalisme en Europe occidentale comme une dimension de la politique étrangère des Etats-Unis. Elle renvoie aussi à la période présente où la montée de l’entreprise comme source de production de normes se substituant au droit, n’est pas sans rappeler l’un des traits majeurs du système des relations professionnelles américain. Pourtant, contrairement à d’autres pays occidentaux, l’américanisation des rapports sociaux en France est loin d’être un succès incontestable, bien au contraire. Cela tient à des facteurs culturels et politiques mais aussi à la résistance de certains syndicats -pas tous- et à la nature de capitalismes qui restent distincts en France, en Europe et aux Etats-Unis. 

Le second temps de la soirée était consacré au mouvement des gilets jaunes. 

Résultat de recherche d'images pour "guy groux"Guy Groux est docteur d’État ès Lettres et Sciences humaines, directeur de recherches honoraire au CEVIPOF et directeur de l'Executive Master "Dialogue social et stratégie d'entreprise", à Sciences Po. Il est membre du Comité scientifique international de la Chaire "Dialogue social et compétitivité des entreprises", ESCP-Europe. Il est l'auteur de nombreux ouvrages et articles dont : Le Réformisme assumé de la CFDT, avec Claude Dargent, Martine Barthélemy et Henri Rey (Presses de Sciences Po, 2012) ; La grève, avec Jean-Marie Pernot (Presses de Sciences Po, 2008).

Il est co-auteur avec Michel Noblecourt et Jean-Dominique Simonpoli de Le dialogue social en France. Entre blocages et big bang (Odile Jacob, 2018).

 

 

 

3. Troisième séance avec Martin Schain, "Immigration, monde du travail et mobilisations collectives" / "les résultats des midterms" (mercredi 14 novembre 2018)


Résultat de recherche d'images pour "martin schain"Martin Schain
 est professeur émérite de science politique à l'Université de New York. Il a enseigné en France et donné des conférences dans de nombreux pays européens. Auteur de nombreux ouvrages dont La politique d'immigration en France, en Grande-Bretagne et aux États-Unis: étude comparative (Palgrave, 2008), Le communisme français et le pouvoir local (St. Martin's, 1985), il est également co-auteur de Politics in France (Harper-Collins, 1992), Comparative Federalism: The US and EU in Comparative Perspective (Oxford, 2006), Europe without Borders: Remapping Territory, Citizenship, and Identity in a Transnational Age (Johns Hopkins, 2003) et de Shadows Over Europe: The Development and Impact of the Extreme Right in Europe (Palgrave, 2002). 

Son dernier livre à venir s'intitule The Border: The Politics of Borders in Europe and the United States (Oxford). 
Le professeur Schain est le fondateur et ancien directeur du Centre d'études européennes de l'université de New York et ancien président de l'association d'études sur l'Union européenne. Il est corédacteur de la revue universitaire transatlantique Comparative European Politics. 

Martin Schain est l'auteur du rapport, "Shifting Tides: Radical-Right Populism and Immigration Policy in Europe and the United States", publié en août 2018 par l'Institut sur les politiques migratoires (Migration Policy Institute : think tank indépendant basé à Washington), dans le cadre du projet de conseil transatlantique sur les migrations. Il y examine la réémergence du populisme de droite radicale et d'extrême droite dans les pays d’Europe occidentale et aux États-Unis. En utilisant une approche comparative, il met en évidence certaines des similitudes et des différences majeures dans les facteurs qui déterminent son impact sur les systèmes politiques et l’élaboration des politiques d’immigration. "Il est frappant, note l’auteur, que les États-Unis - un pays dépourvu de parti de droite radicalement populiste - se soient engagés, sous l’administration Trump, à appliquer des politiques d’immigration plus inspirées par cette idéologie que beaucoup d’entre elles adoptées en Europe." Le rapport détaille les différentes stratégies politiques à l'oeuvre face à la montée de l'extrême droite et des droites radicales et préconise la mise en oeuvre de politiques apportant des réponses aux préoccupations économiques et sociales des populations qui soutiennent cette tendance. 

  

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2. Deuxième séance a eu lieu le vendredi 12 ocotbre 2018 avec Isabelle Sommier sur le thème : "Violences, ZAD, autonomes, black blocks : Les nouvelles radicalités aujourd'hui" (vendredi 12 octobre 2018).

Isabelle Sommier est professeure de sociologie à l’université Paris-I-Panthéon-Sorbonne, spécialiste de la violence politique et des mouvements sociaux. Directrice du Centre de recherches politiques de la Sorbonne  (CRPS) d’octobre 2002 à décembre 2009, elle est directrice adjointe du Centre européen de sociologie et de science politique (CESSP) depuis septembre 2017. Parmi ses derniers ouvrages, elle a co-dirigé Changer le monde, changer sa vie, avec Olivier Fillieule, Sophie Béroud, Camille Masclet et collectif Sombrero (Arles, Actes Sud 2018) ; Marseille années 68, avec Olivier Fillieule (Presses de Sciences-Po, 2018) et La violence des marges politiques des années 1980 à nos jours, avec Nicolas Lebourg, Riveneuve, Paris, 2017.

La séance était animée par Guy Groux, directeur de recherche associé au CEVIPOF et directeur du master Dialogue social et stratégie d’entreprise, à Sciences Po.

 

1.  Séance inaugurale avec Mark Kesselman et Nonna Mayer (jeudi 20 septembre 2018).  

La séance a porté sur l'intérêt d'une comparaison entre les situations politiques et socioéconomiques en France et aux Etats-Unis, et sur la construction de l'Etat social et ses évolutions des deux côtés de l'Atlantique. A partir de ses travaux sur le score EPICES, l'indicateur de précarité des Centres d'examens de santé financés par l'Assurance Maladie, Nonna Mayer a analysé le rapport à la et au politique des populations touchées par la grande précarité en France. 

 

Présentation du séminaire 

À travers un nouveau séminaire franco-américain qui se veut ouvert du point de vue des échanges et des débats, la Fondation Gabriel Péri se propose d’étudier la conflictualité sociale aujourd’hui en France et aux Etats-Unis. Il s’agit d’aborder celle-ci à partir du monde du travail et de ses effets sur le politique et les nouvelles constructions d’alliances majoritaires en vue d’accéder au pouvoir pour procéder à la transformation de la société.

Depuis 40 ans, les sciences sociales ont mis l’accent sur les nouveaux mouvements sociaux. Dans le même temps, les luttes liées au travail gardent leur centralité. Elles représentent 90% des manifestations de rue en France, alors que le syndicalisme traditionnel, confronté à des réalités et des défis inédits, est en crise. Les mutations complexes du travail dans un contexte de financiarisation du capitalisme, et à l’heure des révolutions numérique et technologique, changent les formes et les modes d’organisation, et le travail lui-même. Les mobilisations collectives se renouvellent et sont hétérogènes. L’action syndicale, revendicative et transformatrice évolue aussi sous la pression des rapports de force.

En France, les récentes mobilisations contre la loi travail et ses ordonnances se sont montrées diverses et créatives. Elles ont duré plusieurs mois et investi le débat public. La grève des travailleurs de la SNCF pour la sauvegarde du service public en juin 2018 si elle n’a pas été victorieuse a été conduite sous des formes originales par un mouvement unitaire et soutenue par une partie importante de l’opinion.

Aux États-Unis, la lutte pour le salaire minimum à 15 dollars a marqué des points. Les salariés précaires, employés de nettoyage, de la restauration, les enseignants sont durablement mobilisés pour l’amélioration de leurs conditions de travail et les salaires.

La dégradation du pouvoir d’achat et la pauvreté croissante depuis la crise de 2008 provoquent de nouvelles mobilisations dont les conséquences politiques sont à étudier.

Dans le même temps, la précarisation pèse sur l’engagement qui trouve des chemins nouveaux dans et en dehors du salariat, notamment parmi les jeunes.

La lutte contre le racisme, les discriminations culturelles et de genre, dans le travail et au-delà, fait apparaître l’accès au droit comme un aspect central du combat pour l’émancipation aujourd’hui et un outil de changement des structures sociales des sociétés américaines et françaises.

Sur ces différentes thématiques une mise en regard des situations aux États-Unis et en France a sa pertinence. La comparaison mettra en évidence les similitudes et les singularités.  Le rôle de l’État et des régulations politiques par exemple, n’est pas le même dans les deux pays, mais demeure bien réel. Aux États-Unis les lois réglementant l’emploi sont nombreuses et anciennes tant au niveau fédéral qu’à celui des États. Elles continuent d’évoluer. Les régimes de négociation collective sont certes différents en France et de l’autre côté de l’Atlantique, mais ils tendent à converger en faveur d’une américanisation des rapports sociaux dans l’entreprise.

Comment expliquer ces constats communs allant de l’effondrement de la syndicalisation et de la négociation collective, d’une culture historique patronale souvent marquée par une hostilité au fait syndical, aux regains des luttes actuelles caractérisées par une tendance à l’éclatement?

Cette dispersion théorisée par certains chercheurs prend un nouveau relief avec la révolution numérique, le bouleversement des enjeux de pouvoir et des rapports de propriétés. L’installation dans le débat d’idées et dans l’expérimentation de pratiques nouvelles, des « nouveaux communs » qui ne se confondent ni avec le privé, ni avec le public, ni avec le marché, ni avec l’État, serait le signe d’une nouvelle dimension de la lutte de classes dont l’objectif ne serait plus de reprendre le contrôle de l’État ni de le remplacer mais de conquérir de nouvelles libertés, de faire avancer la justice, l’égalité et les droits. Ce qui n’est pas sans poser des questions essentielles sur le rapport entre politique et mouvement social et sur les conditions de la transformation sociale. Observe-t-on sur ces questions les mêmes développements en France et aux États-Unis ?

Le séminaire intégrera également les mobilisations collectives de droite et d’extrême droite, "tea party", "manif pour tous", mouvements racistes et néofascistes, car elles posentune question théorique importante. La notion de mobilisation collective ne s'incarne pas seulement dans les forces de gauche. Quelles en sont les conséquences du point de vue de la transformation des sociétés ? On les trouve aujourd'hui dans certains populismes qui s'opposent à toute transformation progressiste de la société, et proposent un "repli sur soi". Là encore, la comparaison France – États-Unis peut être riche d’enseignements.

En résumé, deux axes qui peuvent être traités liés l’un à l’autre ou au contraire de façon séparée, peuvent définir la problématique globale. D’une part, les transformations de l’action collective et ses effets sur les transformations sociales ou politiques ; d’autre part, la conjonction des luttes pour l’accès au droit ou l’obtention de nouveaux droits. Le premier axe renvoie (ou peut renvoyer) à un projet politique de transformation. Le second axe, pas forcément.

 


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