Comment caractériser les bouleversements techniques actuels dans le domaine de la production et des services ?

par

Par Laurent Etre, rédacteur en chef adjoint de La Pensée, membre du Conseil scientifique de la Fondation Gabriel Péri.

Résumé de l’intervention au colloque de la FSU Bretagne, sur le numérique, organisé à Dinard (35), les 4 et 5 octobre 2016

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Introduction

C’est au titre d’observateur de la vaste production intellectuelle suscitée par le numérique que j’interviens devant vous.

Je pense qu’il est important de se pencher sur les discours tenus sur le numérique, et non pas seulement sur la pratique. On est dans une époque de fascination pour l’outil numérique, et on en oublie que les pratiques technologiques sont aussi déterminées par des idéologies, des visions du monde contradictoires, qu’il faut savoir décrypter.

Ce que je voudrais faire ici, c’est donc vous présenter différents discours autour du numérique, et plus globalement, du rapport à la technique.

Et je propose de le faire du point de vue d’une question précise : celle du statut que ces discours accordent au travail dans sa forme dominante : le salariat, qui représente 88,5% de la population active en France.

Ma thèse centrale, c’est que la plupart des discours autour du numérique ont tendance à mettre le salariat à la marge de l’histoire.

Et c’est souvent pour des raisons antagoniques ! Cela va de la volonté patronale de détruire les droits salariaux, à la poursuite du projet d’une sortie du salariat au nom de l’émancipation humaine.

J’identifie cinq discours : un discours dominant, et quatre discours «alternatifs », qui ne le sont peut-être pas tant que ça.


I- Les grands discours autour du numérique

A- Discours dominant

Le discours dominant, c’est celui des tenants du capitalisme mondialisé. Il prend le numérique comme prétexte pour casser les protections sociales issues des luttes des salariés. L’enjeu de cette invocation de la technique est de sortir du champ de la délibération publique ce qui relève précisément de grands choix de société. La flexibilité, la casse du code du travail, seraient induites par l’évolution des techniques, donc inéluctables.

Et ceux qui refusent de s’adapter sont, au fond, des ringards !

Pierre Gattaz, le patron des patrons, lors d’une conférence du MEDEF, en 2015, sur le numérique : à l’heure de la révolution numérique, nous serions selon lui face à « un défi qui constitue à la fois un immense gisement d’opportunités pour ceux qui sauront s’adapter en anticipant et en exploitant les mutations en cours, et un risque réel de décrochage pour ceux qui n’en seront pas capables ou qui ne s’en donneront pas les moyens ».

En clair, c’est marche ou crève.

Le problème, c’est que face à ce discours dominant, la plupart des discours alternatifs, se posant comme humanistes ou progressistes, ne proposent pas la mobilisation du salariat.

Ces discours, soit ignorent le salariat, soit l’évoquent comme un sujet passif, qui n’aurait pas de rôle moteur à jouer dans la transformation progressiste de la société.

C’est comme s’il était acquis qu’à l’heure du numérique, le salariat, avec les protections afférentes, était en train de disparaître, voué à disparaître.

Or, je rappelle qu’il y a débat à ce sujet. On parle de millions d’emplois menacés dans le monde par la numérisation, 3 millions en France d’ici 2025, mais ces estimations sont contestées par certains économistes comme Michel Husson, de l’Institut de recherches économiques et sociales. L’OCDE elle-même les divisent par 51.

Quoi qu’il en soit, en face du discours néolibéral sur le numérique, on entend essentiellement d’autres formes de relégation du salariat, sur fond d’un déterminisme technologique plus ou moins prononcé. C’est ce que je vais maintenant vous montrer.

B- Les discours « alternatifs »

1) Intégration

Partons du discours peut-être le plus subtil en la matière : celui qui entend se soucier de l’impact des outils numériques sur la santé du salarié. Objectif en soi plus que légitime.

Mais, je pose la question, se soucie-t-on de cet impact du numérique sur la santé des salariés, pour :

- remettre en question l’usage du numérique dans l’entreprise capitaliste, sa place dans une organisation du travail tournée vers la productivité et le profit,

- ou pour asseoir au contraire les finalités capitalistes, pour favoriser l’acceptation par les salariés de ces objectifs de production qui leur échappent.

C’est bien dans ce second registre que s’inscrit, par exemple, le rapport Mettling, du nom de l’ancien DRH d’Orange, sur la « transformation numérique et la vie au travail ».

L’ambition affichée était de « réorienter la transition numérique » pour « rendre du sens au travail ». Mais en fait, la seule proposition concrète qui en est ressorti, pour les salariés, c’est l’idée d’un « droit à la déconnexion ».

ATTENTION : Je ne dis pas que cette bataille pour un droit à la déconnexion est inutile, ou illégitime. Au contraire, c’est même essentiel, en lien avec la bataille pour la réduction du temps de travail, bataille historique du mouvement ouvrier. Mais c’est fondamental, à condition de s’en servir comme levier pour changer aussi le contenu et l’organisation du temps de travail, permettre au salarié de prendre le pouvoir sur leur activité, donc libérer le travail du joug du capital.

À quoi utilise-t-on la connexion, la mise en réseau des salariés ? Quelles finalités de production, comment utiliser le numérique pour que la production rencontre non pas, simplement, la demande du consommateur, mais l’intérêt général, le progrès de l’humanité ? Ces questionnements sont très loin du rapport Mettling.

Fondamentalement, dans le rapport Mettling, la « transition numérique » est décrite comme une «chance», une «opportunité» à saisir. Les effets négatifs appellent une simple « régulation », la recherche d’un « équilibre ». Le modèle taylorien reposant sur une division du travail entre conception et exécution y est certes critiqué, mais pas tant parce qu’il asservit le salarié que parce qu’il est en décalage avec la mise en place d’un capitalisme plus horizontal à l’aune des réseaux de l’Internet.

Avec le rapport Mettling, il me semble que le numérique est invoqué pour renforcer l’intégration du salarié à un système dans lequel sa place n’est pas fondamentalement questionnée, dans lequel il reste un exploité.

Si l’on s’intéresse à sa santé, c’est évidemment pour qu’il soit plus productif au travail, pas pour autre chose.

Donc, ce discours teinté d’humanisme n’est en fait qu’un discours d’aménagement du capitalisme à l’heure numérique.

C’est aussi le discours de certains chercheurs comme Thierry Venin, auteur récemment d’une grande enquête2 sur l’impact des outils numériques sur le stress des cadres. Pour Thierry Venin, ce n’est pas le capitalisme qui est en cause dans ce stress, c’est simplement un manque de réflexion sur l’appropriation des outils numériques dans le monde de l’entreprise.

Si Thierry Venin exonère le capitalisme, c’est qu’il constate ce même stress dans les administrations publiques que dans le privé. Ce que Thierry Venin ne voit pas, c’est que précisément, le capitalisme dans sa phase néolibérale importe dans le public le management du privé, la course à la productivité.

Et donc, même s’il se défend de plaider pour une simple « adaptation de l’homme aux outils » numériques, il reste bien prisonnier d’une telle optique, dans la mesure où il ne remet pas en cause le cadre général, le système économique dans lequel ces outils sont utilisés, qui est précisément un système consistant en l’exploitation de l’homme par l’homme.

Comment l’homme pourrait-il avoir la maîtrise des outils de production, quand il n’en a pas la propriété ? Il me semble que c’est cette question qu’extrapole Thierry Venin et, plus largement, les tenants de ce premier discours tourné vers la prise en compte de la santé des salariés.

2) Résistance sans horizon

Un autre discours plaide la résistance des salariés face à la technique, face à toute innovation technologique. Ce n’est pas forcément un discours répandu, mais il existe. Il a une certaine audience, notamment dans les milieux écologistes décroissants. Ce n’est pas un discours nouveau, il n’est pas apparu avec le numérique, il a des racines qui remontent aux luddites, ces « briseurs de machine » des débuts de la révolution industrielle. Il a eu un certain écho aussi dans les années 80, avec un auteur américain, historien des sciences et techniques, David Noble, dont un recueil de textes vient d’être publié en France3.

L’argument de Noble, c’est de dire, en s’appuyant sur l’expérience de quelques luttes des années 60-70 dans les secteurs de l’industrie et des transports, que l’innovation technologique a toujours été utilisée par les directions d’entreprises pour désorienter les syndicats. Donc il suggère de résister à toute modernisation de l’outil de travail. Le problème, c’est que du coup, il n’attaque pas, lui non plus, les rapports de production capitalistes. Il est plutôt dans le conservatisme, avec l’idée que le changement n’apporte jamais qu’une dégradation des conditions de travail.

On est en plein dans le fatalisme technique, on préconise aux salariés la résistance, mais sans lui donner une perspective claire, un débouché.

Noble laisse la porte ouverte à d’autres usages possibles de la technologie, mais c’est, chez lui, l’affaire des «intellectuels» et d’une prospective au long cours. C’est d’emblée évacué du présent, des luttes actuelles.

3) Désertion

Un autre discours consiste à invoquer le numérique pour déserter le terrain du salariat. C’est le discours porté par quelqu’un comme Bernard Stiegler. Là, on n’est plus dans une quelconque technophobie.

C’est simplement l’idée que les usages émancipateurs du numérique sont possibles, mais hors du salariat, hors de l’emploi qui n’est vu que comme un processus unilatéral de prolétarisation, c’est-à-dire de dépossession du savoir-faire du travailleur au profit de la machine. La résistance paraît donc vaine. Et si des emplois disparaissent avec le numérique, à la rigueur, ce n’est pas une mauvaise nouvelle.

Le fatalisme technique joue à plein dans le monde du travail salarié, mais il s’évapore en dehors.

Là, on mise sur la puissance publique. D’ailleurs, Bernard Stiegler est à l’initiative d’un projet avec Plaine commune, une inter-communalité en Seine-Saint-Denis, un projet en lien avec les pratiques du logiciel libre. Il s’agit d’une expérimentation avec une centaine de jeunes, censés proposer de nouveaux services numériques aux habitants du territoire Plaine commune. Contre un « revenu contributif », inspiré du système des intermittents du spectacle4.

Le projet n’en est qu’à ses débuts. Il ne s’agit donc pas pour moi de préjuger ici de ses résultats concrets. Mais seulement de prendre acte de ce que :

dans cet effort pour un numérique au service de l’intérêt général, les salariés ne sont pas vus comme une force à mobiliser.

Le discours de Bernard Stiegler se pose à un niveau d’emblée anthropologique, s’adressant à « l’homme de la société hyperindustrielle ».

D’une posture défensive à la David Noble, on est donc passé à une forme de désertion du salariat.

4) Mise entre parenthèses

Un quatrième type de discours, plus libertaire, consiste à repartir des expériences de travail émancipatrices, aux marges de l’emploi, sans en tirer forcément de prescription pour l’ensemble de la société.

On n’est pas dans une désertion du salariat, on est plutôt dans une mise entre parenthèse, un pas de côté.

Et s’il y a là une dimension de déterminisme technique, au sens où la flexibilité dans la sphère productive est considérée comme un horizon indépassable, induit par l’évolution des technologies, pour autant, l’accent est mis sur les capacités individuelles d’arracher ces technologies aux grands systèmes du marché et de la bureaucratie. Et d’impulser finalement, mais hors salariat, des pratiques où la flexibilité se confondrait simplement avec la liberté de création.

C’est « l’utopie concrète » des hackerspaces et du mouvement « faire » sur lesquels a travaillé le sociologue Michel Lallement5.

Les hackerspaces sont des espaces où se retrouvent des passionnés de programmation informatique et de « bidouille ». C’est le sens originel, en Français, du verbe to hack. Les hackerspaces sont donc des communautés de « bidouilleurs », où le travail est une finalité en soi.

Michel Lallement a enquêté en immersion dans certains de ces lieux, sur la côte Ouest des États-Unis. Concrètement, les membres y trouvent à disposition à la fois des outils de base, des machines-outils et le « top » des équipements numériques, type imprimante 3D, pour réaliser toutes sortes d’objets. Les décisions s’y prennent collectivement, sur le mode de la démocratie directe.

Une expérience qui témoigne de la possibilité d’une maîtrise des technologies orientée vers l’émancipation des usagers, mais qui, en même temps, laisse intacte la structure du monde professionnel dominant, régi par la logique du capital.

Michel Lallement le reconnaît lui-même : « peu de hackers qui fréquentent Noisebridge (nom d’un hackerspace - ndlr) ou les autres espaces de la baie peuvent se payer le luxe de vivre et de travailler à temps plein selon le modèle du faire. La grande majorité a un pied fermement posé dans un monde professionnel où pèsent les contraintes habituelles d’un travail hétéronome (projets imposés, pression de la hiérarchie et des clients, demandes fluctuantes, évaluation et concurrence...) »6.

De mon point de vue, en tant que « soupape » pour des individus en manque de reconnaissance professionnelle, les hackerspaces participent autant de la reproduction du système que de la recherche d’alternatives.


II- Pourquoi ces discours ?

A- Des raisons structurelles

Alors pourquoi tous ces discours qui, au nom du numérique, soit maquillent l’exploitation capitaliste, soit essaient de la contourner, et au final, même si c’est pour des raisons antagoniques, laissent dépourvus les salariés, c’est-à-dire, l’immense majorité de la population active ?

Ces discours ne sont pas juste le fruit de conceptions idéologiques héritées du passé, ils ne sont pas simplement l’expression d’un refus anarcho-individualiste de tout « travail contraint », ou d’une méfiance à l’égard des traditions de luttes ancrées dans le salariat. Ils reposent aussi sur des transformations structurelles, qu’il ne faut pas nier.

Concrètement, c’est la montée de l’immatériel, qui place le capitalisme dans de nouvelles contradictions. L’immatériel, c’est l’information et les connaissances, qui prennent plus de place dans la production. C’est-àdire que pour sa propre dynamique d’accumulation, le capital a besoin d’une plus grande collaboration des subjectivités entre elles, et donc de s’en remettre à quelque chose qu’il ne peut facilement régenter. L’information suppose le partage, et du coup, la production devient plus difficile à enfermer dans l’espace bien délimité de l’entreprise, avec sa hiérarchie et sa division du travail.

Autrement dit, les lieux de production économique semblent se répandre dans tout l’espace social. Ils s’ancrent dans les relations sociales, ce que relèvent, par exemple, les théoriciens altermondialistes Toni Negri et Michael Hardt7.

Ces changements sont réels. Mais leur interprétation n’est pas univoque.


B- Un problème d’interprétation de ces changements

On parle du « digital labor », par exemple, dont Antonio Casilli est le représentant en France. C’est un vaste domaine, qui recouvre beaucoup d’activités différentes. Je ne prends ici que l’aspect qui me paraît le plus problématique. Une recherche Google, par exemple, permet d’améliorer l’algorithme de classement de l’info de Google, le Page Rank. Cela crée de la « valeur » ; du coup, les tenants du « digital labor » disent : « nous sommes tous producteurs de valeurs », salariés ou non. Dès lors, l’agent historique central de l’émancipation sociale, ce n’est plus le salarié, ce n’est pas non plus le fonctionnaire, ni une alliance entre les différents segments du monde du travail, c’est la « multitude », au fil de ses agissements quotidiens, notamment sur Internet8.

Il faut pourtant s’interroger sur cette « valeur » invoquée par le digital labor. Ce n’est pas la valeur au sens marxiste, car celle-ci suppose une exploitation de la force de travail, et donc l’identification d’un temps de surtravail.

Or comment identifier un temps de surtravail quand, justement, avec le numérique, la frontière entre activités productives et non productives s’émousse ? C’est l’une des questions que pose notamment un sociologue, Sébastien Broca, dans un article de la revue InaGlobal 9.

Sébastien Broca fait aussi remarquer que la valeur générée par les internautes dépend de paramètres qui n’ont rien à voir avec du temps de travail, à savoir la popularité des contenus postés, ou le niveau d’investissement relationnel sur les plate-formes numériques, le nombre d’interaction, l’étendue du réseau, l’intérêt marchand de leurs données.

Donc, cette « valeur » du digital labor est ambigüe. Avons-nous les moyens de l’éclaircir ?

Je crois qu’il faut faire preuve d’humilité, reconnaître que nous n’avons pas forcément toutes les catégories économiques nécessaires pour penser les mutations en cours.

Reste que, de mon point de vue, si la valeur au sens marxiste n’explique pas tout, elle garde encore une certaine pertinence à l’heure du numérique.

Si on s’en tient à cette approche marxiste, que peut-on dire ?

Sur Internet, l’usager ne réalise pas stricto sensu un travail. Ses recherches, ses échanges ne produisent pas une sur-valeur que le capitaliste pourrait empocher.

En revanche, ce dernier peut réaliser une rente, rentabiliser les données collectées, dans la mesure où leur circulation renvoie, en dernier ressort, à un travail sur lequel le capitaliste réalise son profit.

Prenons l’exemple d’Uber. Il y a rente avec la prédation de nos données de géolocalisation. Il y a rente parce que monopole d’Uber sur ces données, qui permettent la mise en relation des clients et conducteurs. Mais le profit d’Uber ne vient pas de là, il vient du travail des conducteurs, qui ne sont d’ailleurs pas si indépendants que ça...

Ces conducteurs sont dans un lien de subordination proche du salariat. D’où d’ailleurs les recours en justice de certains, aux États-Unis, pour obtenir le statut de salarié. Et en France, on a vu aussi s’organiser en collectifs les livreurs à vélo de la plate-formes de repas à domicile Take it easy, pour exiger la requalification de leurs prestations en contrat de travail10.

Donc, les discours autour du numérique ostracisent le salariat, pour des motifs idéologiques souvent opposés. Mais dans les faits, l’usage dominant du numérique prend la forme d’un salariat, un salariat sans droits des salariés, (ce n’est pas pour rien qu’on parle parfois de « capitalisme féodal »).


C- Quelle appropriation du numérique par les salariés ?

L’enjeu, à mon sens, doit être de soutenir les luttes des travailleurs de l’économie numérique, comme les Uber, et dans le même temps, oeuvrer pour une réelle appropriation des outils numériques par les salariés, dans l’entreprise classique.

Et cette appropriation commence non pas par des cours d’initiation à tel ou tel gadget, mais par l’intervention des salariés dans la gestion, dans l’élaboration des finalités de production. Je crois que c’est cela qu’un certain discours autour du numérique vise à empêcher, sur le mode de l’enfumage.

Sur cet aspect de la question, je ne peux que vous renvoyer aux travaux du sociologue Jean Lojkine11, qui travaille en lien avec des syndicalistes de la CGT sur ce que serait une informatisation interactive, visant non pas à supprimer du travail vivant, mais à enrichir celui-ci, en redonnant à l’opérateur humain une place centrale dans le réseau, dans le processus de production.

Et il se trouve que l’exemple qu’il prend concerne des fonctionnaires, les contrôleurs aériens qui, à l’issue d’une collaboration avec les ingénieurs de Thalès, à l’initiative de la CGT, ont mis en place le logiciel Phidias, permettant de faire face à la hausse du trafic aérien sans évacuer le rôle de l’opérateur humain.

C’est un exemple qui n’est pas tout récent (années 90), mais qui garde à mon sens une force suggestive.


Conclusion

Donc, pour conclure, je dirais que l’enjeu de la période est de faire grandir dans le salariat l’informatisation interactive, dont parle Jean Lojkine, contre l’informatisation-automatisation. Et parallèlement, il s’agit de soutenir toutes les batailles menées par les vrais-faux travailleurs indépendants de l’économie numérique pour obtenir le statut et les droits des salariés. Mais évidemment, il ne s’agit pas d’opposer la simple défense du salariat à la forme capitaliste de son abolition (c’est-à-dire son remplacement par la précarité généralisée). Il s’agit de sortir des rapports de production capitalistes, ce que permettrait la « sécurité sociale professionnelle » dont parle la CGT, ou le système de « sécurité d’emploi et de formation », avancé par l’économiste Paul Boccara dès le milieu des années 90.


1 lire sur le blog de Michel Husson: «Le grand bluff de la robotisation» http://alencontre.org/societe/le-grand-bluff-de-la-robotisation.html

2 Un monde meilleur ? Survivre dans la société numérique, éditions Desclée de Brouwer, 2015

3 Le progrès sans le peuple, David Noble, Agone, 2016

4 http://francestrategie1727.fr/wp-content/uploads/2016/02/projet-plaine-commune-10.03-bernard-stiegler.pdf

5 L’âge du faire, éditions du Seuil, 2016

6 ibid. p.250

7 lire notamment Commonwealth, éditions Stock, 2012

8 Dans la vidéo-conférence projetée lors du colloque, à la suite de mon intervention, Antonio Casilli a plaidé en substance pour une convergence des luttes, entre salariés et travailleurs non rémunérés. Mais, question : considérer que nous sommes tous producteurs de valeur n’a-t-il pas pour effet d’affaiblir le salariat, donc le pôle le plus important de cette convergence à construire ?

9 «Le digital labor est-il vraiment du travail ?» http://www.inaglobal.fr/numerique/article/le-digital-labor-est-il-vraiment-du-travail)

10 Pour une analyse plus détaillée de ces questions, je vous recommande la lecture du dossier «Révolution informationnelle » du numéro 742-743 (mai-juin 2016) de la revue Économie et politique, et en particulier, l’article de Frédéric Boccara : « Révolution informationnelle, « numérique », valeur et analyse marxiste de la marchandise. Quelques réflexions provisoires », www.economie-politique.org

11 lire notamment son dernier livre, La Révolution informationnelle et les Nouveaux mouvements sociaux, éditions Bord de l’eau, 2016


 

Bibliographie non exhaustive :

Michel Lallement, L’âge du faire, éditions du Seuil, 2016.

Jean Lojkine, La Révolution informationnelle et les Nouveaux mouvements sociaux, éditions Bord de l’eau, 2016.

Toni Negri et Michael Hardt, Commonwealth, éditions Stock, 2012.

David Noble, Le progrès sans le peuple, éditions Agone, 2016.

Bernard Stiegler et Ars Industrialis : Réenchanter le monde. La valeur esprit contre le populisme industriel, Flammarion, 2006.

Bernard Stiegler, Dans la disruption, Comment ne pas devenir fou ?, éditions Les liens qui libèrent, 2016.

Thierry Venin, Un monde meilleur ? Survivre dans la société numérique, éditions Desclée de Brouwer, 2015.

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