Colloque pour les relations franco-africaines
Un nouvel âge à Dakar
Réunir à Dakar (Sénégal) quelque deux cents acteurs politiques africains et français de sensibilité ou d’engagement divers dans des réalités nationales variées, les inciter à échanger leurs points de vue sur l’état des relations franco-africaines et leur évolution souhaitable, croiser ces opinions avec l’avis d’experts était une gageure.
L’entreprise, sous la forme d’un colloque international les 1er et 2 décembre, a pourtant connu un réel succès au point que les participants ont décidé de poursuivre le débat vers des pistes précises au cours de réunions régulières, pour « une réflexion opérationnelle débouchant sur des actions concrètes », selon l’expression de Sémou Pathé-Gueye. Ainsi, l’idée est née de rencontres de ce type tous les deux ans, et de la constitution d’un « comité de suivi » franco-africain permanent.
Une réussite qui doit beaucoup au maître d’oeuvre de cette rencontre, la Fondation Gabriel Péri, au partenariat avec l’AFASPA et la revue Recherches internationales. Et aussi à la qualité du coorganisateur de l’initiative, le Parti de l’indépendance et du travail du Sénégal (PIT) et de son président charismatique Amath Dansokho, vice-président de l’Assemblée nationale. « Il est le seul homme d’État africain à pouvoir réunir tout ce monde », reconnaîtra le docteur Samuel Mack-Kit, président de l’UPC (Cameroun). Des représentants du Sénégal et du Cameroun donc, mais aussi du Mali, de la Côte-d’Ivoire, de Madagascar, du Maroc, du Tchad, de Guinée, du Bénin, du Burkina, de Mauritanie...
Avec en commun deux constats d’évidence : celui de la dégradation des relations franco-africaines au moment où, dans le cadre de la mondialisation capitaliste, ce continent attire les convoitises prédatrices de certaines puissances, en particulier des États-Unis, et celui du véritable naufrage économique, social et humain que connaissent actuellement ces pays. Il ne s’est pas agi, cependant, de se complaire dans un « afro-pessimisme », en se contentant de déplorer la situation pour conclure à l’impossibilité d’y porter remède, comme le précisera Robert Hue, mais bien d’esquisser « un nouveau dessein », un « nouveau codéveloppement », partant de l’analyse concrète et se départant du paternalisme ou de la défense du « pré carré », sans quoi rien n’est durablement possible, pas plus que sans la reconnaissance du fait que l’Afrique est un facteur essentiel de la civilisation mondiale.
Deux jours de débats et de confrontations dépouillés de tentations d’exorcisme collectif, mais d’apparence parfois kaléidoscopique, notamment sur l’attitude à avoir envers l’ancienne puissance coloniale oscillant entre devoir de mémoire, rejet pour cause de lourd passif ou construction d’une continuité de destin forgée par l’histoire ; sur la nature de l’émigration ou encore sur l’intégration africaine comme préalable à toute autre coopération. Les échanges auront contribué à acter une solidarité d’avenir écartant tout contresens avec les forces progressistes françaises qui reprochent précisément à la France, hier comme aujourd’hui, les mêmes choses que les Africains eux mêmes.
Beaucoup de passions aussi, avec cependant la conviction que la réalité internationale du moment, avec la mondialisation capitaliste et les velléités d’imposer une globalisation unipolaire sous hégémonie américaine, pose l’exigence de nouveaux rapports entre la France, l’Europe et l’Afrique, avec l’ambition de construire un pôle fort dans une globalité multipolaire.
Partant des défis, disséqués par plusieurs intervenants, en matière de santé, d’éducation, d’alimentation, de production industrielle et agro-alimentaire, de démocratie, ou de logement, avec pour corollaire l’annulation totale et immédiate de la dette et une autre façon de concevoir les aides publiques au développement, les participants ont donné corps à la proposition énoncée par Robert Hue visant « la constitution d’un nouvel axe majeur Europe- Afrique ». Une ambition qui pourrait être mobilisatrice d’énergie de chaque côté de la Méditerranée pour « un partenariat gagnant-gagnant ». Un projet pour les peuples européens et africains, « solidaire, mutuellement avantageux ».
Un projet pour sortir du post-colonialisme et un immense chantier à investir, au coeur de certains aspects soulevés parfois sans perspective par les émeutes urbaines en France.
Dominique Bègles
