Synthèse du séminaire du 11 Mai
par Jean Lojkine
Sociologue, directeur de recherche émérite au CNRS.
Synthèse de la séance du 11 Mai sur le thème « 1960-1972 : retour au modèle du Front populaire ou nouvelle logique politique et économique ? La construction du programme commun de gouvernement. Mouvements sociaux (1968), acteurs syndicaux et acteurs politiques. »
Je reviens ici simplement sur les questions soulevées par les quatre exposés sur la période 1960-1972 (La politique économique et le parti socialiste, le parti communiste, la CGT, la CFDT au moment où se construit le Programme commun de gouvernement) et qui n’ont pu être débattues.
Première question (Margairaz), quelle est l’autonomie des problèmes idéologiques (le contenu économique des propositions et des politiques, la référence au marxisme) par rapport à la tactique électorale des partis politiques et à l’évaluation des rapports de force PCF-PS ? Peut-on dire par exemple que la position du PS a été surdéterminée par l’hégémonie politique du PCF sur la gauche ,et le souci privilégié de contourner le PC pour attirer une partie de son électorat ? Peut-on dire au contraire qu’il y avait aussi une stratégie cohérente, chez un certain nombre de militants socialistes, visant à utiliser les nationalisations démocratiques pour « dépasser » le capitalisme et changer la vie (Lojkine) ?
De même pour le PCF, ses changements de position par rapport aux réformes de structure (1936-1944 : le PCF contre les réformes de structure) ne seraient pas seulement guidés par l’évolution conjoncturelle des rapports de force électoraux, mais par une nouvelle stratégie, structurelle, soutenue par certains, combattue par d’autres, ?, qui abandonnerait peu à peu la matrice léniniste de la « dictature du prolétariat », via la théorie du CME (1966), pour s’engager vers une transition, pluraliste et pacifique, vers un socialisme aux couleurs de la France ? En même temps, si l’on veut donner du sens à la nouvelle stratégie proclamée de « l’intervention dans la gestion », les travaux de la Section économique du PCF auraient impliqué la transformation complète du PCF en un parti autogestionnaire,démocratisé, décentralisé, intervenant dans la sphère économique et y cherchant des alternatives crédibles (nouvelle mixité évolutive et conflictuelle, nouvelle productivité, nouvelle croissance), à mille lieux des images d’Epinal sur le PCF réduit à une fonction « tribunicienne », purement protestataire. Quitte à expliquer pourquoi le PCF (et la CGT ?) s’est arrêté « au milieu du gué » entre 1977 et 1984 ?
Deuxième question (Lojkine) : Y avait-il une « autre politique économique » possible en 1981, pour les dirigeants du PC et du PS, en dehors du retour au souverainisme de Chevénement (sortie du SME) ? Pour la CGT et pour la CFDT ?
Troisième question : au delà du problème de l’indépendance syndicale, y avait-il des propositions autonomes élaborées par la CGT (les politiques industrielles sectorielles, le débat autogestion-gestion autonome et démocratique, via les comités d’entreprise et les nouveaux conseils d’administration) et par la CFDT (le socialisme autogestionnaire,défini dès les années 60, mais reformulé à l’occasion du « recentrage », selon Georgi) ?
Quatrième question, à examiner ultérieurement, comment les deux centrales formulent-elles, à travers les débats sur la cogestion et l’autogestion, sur l’intervention syndicale dans la gestion, l’idée d’un « projet » syndical global et autonome qui dépasserait l’ancien clivage Social (les syndicats)/ Politique (les partis) et Social/ Economique (le patronat) ?
