Livres
Retour sur le front populaire

avril 2007

Le pain, la paix, la liberté, expériences et territoires du Front populaire

Sous la direction de Xavier Vigna Jean Vigreux et Serge Wolikow
La Dispute-Éditions Sociales, Paris, 2006, 369 pages, 26 €

Ce livre, édité avec le soutien de la Fondation Gabriel-Péri, est issu des travaux du Centre Georges-Chevrier, UMR CNRS 5605 de l’université de Bourgogne à Dijon. Il fait suite à un colloque sur les mêmes thèmes qui eut lieu en juin 2006.

À travers quatre chapitres -Territoires du Front populaire et pratique militante ; Engagements des intellectuels, héritages et inventions ; Inscriptions internationales ; Usages mémoriels -, le collectif d’auteurs entend « contribuer à un enrichissement historio-graphique autour de thèmes […] majeurs », comme le soulignent dans leur préface Vigna,Vigreux et Wolikow. Ouvrage sur la mémoire telle qu’elle s’est souvent construite en relation avec l’événement présent (Mai 68, par exemple) ou à travers des commémorations, elles-mêmes inscrites dans des conjonctures particulières politiques, sociales et idéologiques, ce livre s’attache à croiser les pratiques militantes et les engagements (comme ceux des intellectuels).

En inscrivant le Front populaire dans l’histoire vivante et dans la contemporanéité, les auteurs donnent à réfléchir non seulement sur l’épopée d’hier mais sur la gauche d’aujourd’hui.


Protection sociale, économie et politique, Débats actuels et réforme

Catherine Mils et José Caudron
Gualino éditeur, Paris, 2007, 270 pages, 24 €

Alors qu’en France, comme en Europe, les politiques libérales tendent partout au démantèlement des systèmes de protection sociale, les auteurs, Catherine Mils, maître de conférence honoraire en sciences économiques à l’université Paris-1, et José Caudron, chargé de cours à Paris-1 et à l’université de Reims-Champage-Ardennes, tiennent à « opposer des alternatives aux réformes en cours, afin de favoriser le développement de la croissance réelle, de l’emploi, des salaires et de la formation, pour sortir de la crise systé-mique et répondre aux nouveaux besoins sociaux ». Ouvrage militant donc, ce qui n’en fait pas la moindre qualité, c’est, de plus, un livre d’une remarquable expertise. Son organisation - peut-être parce qu’il est destiné à des étudiants et aux candidats aux concours de la fonction publique - en fait un outil pédagogique pour les militants syndicaux et politiques. Ajoutons que le champ de l’analyse ne se cantonne pas à la France, mais embrasse l’Union européenne, voire les questions de la mondialisation.

Alors que, campagne électorale aidant, il est ici et là question de nouvelles réformes des retraites, de l’assurance maladie et des systèmes d’indemnisation du chômage, l’ouvrage de Catherine Mils et José Caudron permet d’y voir plus clair tant sur l’état des lieux que sur les solutions.


Critique de la raison européenne, t. 1 La Matrice de l’Union européenne

Bernard Peloille
Éditions François-Xavier de Guibert, Paris, 2006, 212 pages, 23 €

« L’union de l’Europe est un roman », écrit Bernard Peloille. Mais ce n’est pas d’une fiction que traite dans ce livre ce docteur ès-lettres, chargé de recherches au CNRS. Il s’agit du début d’un travail d’envergure (deux tomes suivront) consacré à la recherche et à la critique de la « raison » européenne, c’est-à-dire de la formation de l’idée d’Union continentale telle qu’elle apparaît dès le XVIIe siècle.

À travers les trois volumes, l’auteur se donne pour tâche d’examiner les formes idéelles ou concrètes de l’Union européenne, dans la « période d’émergence du régime capitaliste (La Matrice, t. 1), à l’époque moderne, période d’essor de ce régime dans sa forme ordinaire – XIXe siècle – et à la période de l’impérialisme – XXe siècle et actuellement ».

On sera étonné de voir Bernard Peloille partir du Projet pour rendre la paix perpétuelle de l’abbé Saint-Pierre (Charles Irénée de Castel) publié à Paris en 1713, puis passionné par son cheminement et interpellé par sa thèse (ou son hypothèse) : L’Union européenne « n’a pas d’histoire propre en ce sens qu’elle n’est pas un sujet, un facteur, de l’histoire, et n’est qu’un sous-produit de l’accomplissement, de la résolution des contradictions des facteurs de l’histoire. Mais elle ne se comprend qu’historiquement, comme le négatif, la dénégation, des facteurs de l’histoire, histoire qu’elle doit récrire comme sa raison positive imaginaire ».

Un travail très riche, du point de vue non seulement de l’histoire mais encore de la réflexion sur l’État et sur l’idéologie.
B.F

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