Présentation du colloque

La Fondation Gabriel Péri, et le Parti de l’Indépendance et du Travail dont le Secrétaire Général est Amath Dansokho, Ancien Vice Président de l’Assemblée Nationale du Sénégal, organisent les 24, 25 et 26 janvier 2008, à Dakar, un colloque international sur le thème : « L’Afrique et l’Europe dans la nouvelle géopolitique mondiale ».

Cette initiative reçoit en outre le soutien du Laboratoire d’Etudes et de Recherches philosophiques et sociales contemporaines sur l’Afrique et le Monde (LERPSCAM) de la Faculté des Lettres et Sciences humaines de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar ; de la revue française « Recherches Internationales » ; de l’Association française d’Amitié et de Solidarité avec les Peuples d’Afrique (AFASPA).

Ce colloque scientifique et politique, réunira des chercheurs, des universitaires, des intellectuels de différentes disciplines, des dirigeants et des cadres politiques, africains et français, pour procéder à l’analyse des dynamiques politiques, économiques et sociales intervenues récemment dans le monde, et en mesurer les enjeux et la portée, dans les relations entre l’Europe et l’Afrique aussi bien qu’entre les deux entités et le reste du monde.

Le continent africain est un théâtre d’opération important dans les nouveaux positionnements géostratégiques des grandes puissances mondiales, des pays émergents et des multinationales. La concurrence de plus en plus féroce des Etats-Unis, du Japon et, plus récemment, de la Chine, du Brésil et de l’Inde, sur le continent posent à l’Europe de nouvelles exigences et de nouvelles priorités. Elles ont une sérieuse incidence sur le contenu et les modalités de son partenariat avec l’Afrique.

Les Etats-Unis ont décidé d’un commandement unique et se concentrent sur l’endiguement de la menace terroriste et sur la sécurisation des importations pétrolières. Ils ont également réformé leur système d’aide au développement avec la création du Millenium Challenge Account, un fonds pour les défis du Millénaire, mis en place par le Gouvernement américain qui est destiné à contribuer à une croissance accélérée et à la lutte contre la pauvreté dans certains Pays les Moins Avancés (PMA). Les relations entre les Etats-Unis et le continent se resserrent aussi par le truchement d’accords commerciaux bilatéraux.

La Chine a défini en 2006 les ressorts de sa politique africaine, fondée sur un partenariat réciproque au service de la paix et du développement, mais ses motivations sont aussi d’ordre géostratégique. Envisageant l’avenir dans un cadre multipolaire, la Chine crée un réseau d’alliances avec les pays africains pour orienter les rapports de force au sein des organisations internationales multilatérales, ONU, OMC (elle s’est engagée à soutenir les pays africains qui n’en sont pas encore membres).

Cette nouvelle présence chinoise, qui n’est pas sans soulever quelques inquiétudes, se caractérise par des réalisations concrètes et visibles, et pourraient modifier les modalités des coopérations française, européenne et internationale en Afrique.

L’UE, quant à elle, tente de préciser la nature et le contenu de son propre partenariat. Contraints par l’OMC, l’UE et les pays africains doivent renégocier les accords de Cotonou (APE 2008), mais les oppositions sont si fortes (menace pour l’agriculture africaine, baisse des recettes des Etats) que le processus devrait être retardé.

La nouvelle stratégie définie par l’UE en 2005, et validée par le conseil européen en 2006, tardait à se concrétiser, en dépit du projet d’approche intégrée de la prévention des conflits et du post-conflit. Le sommet UE-Afrique, qui s’est tenu à Lisbonne en décembre dernier, en a précisé les modalités, mais les progrès dépendront de la propre force d’intégration et de coordination entre Etats-membres de l’Union. Par ailleurs, dans le domaine de l’aide au développement, l’UE n’atteint toujours pas les objectifs qu’elle s’est fixés puisque les montants de l’APD stagnent, voire régressent.

Dans le même temps émergent en Afrique de nouvelles forces économiques, sociales et politiques, à la faveur des mutations économiques et des dynamiques culturelles. Les relations sud-sud au sein du continent et avec les autres pays émergents et en développement s’accroissent. De grandes initiatives (le NEPAD, le projet de création au sein de l’UA d’un Gouvernement Continental) semblent traduire, de la part de l’Afrique, la volonté de mieux prendre en main la construction de son propre avenir et l’amélioration de son positionnement sur la scène géopolitique mondiale Mais celles-ci sont encore contrariées par la permanence de conflits locaux (Darfour, Afrique Centrale) et un recul du processus démocratique noté lors des élections intervenues cette année. Enfin, la crise de l’agriculture africaine, dans un contexte où l’alimentation devient de plus en plus une arme à l’échelle mondiale, fait de cette question une dimension essentielle de toute réflexion géopolitique concernant le continent.

Quelles sont les perspectives ouvertes par toutes ces dynamiques ? Comment les chercheurs, les acteurs politiques, les représentants de la société civile africains appréhendent-ils ces nouvelles réalités et comment y font-ils face ? Comment envisagent-ils la place de la France dans ces nouveaux rapports de force ? Ce sont, entre autres, les questions qui seront soumises à l’attention des participants.

Outre les séances consacrées au traitement de ces questions, deux sessions spéciales seront consacrées aux thèmes suivants : « Les enjeux ruraux et agraires en Afrique », et « Les élections en Afrique », le premier réunissant des techniciens et membres de la société civile spécialistes des questions agraires, et le second des représentants de partis originaires d’une vingtaine de pays africains.