Plan Puebla Panama

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Plan Puebla Panama

Documentaire du collectif CIEPAC (Centre de Recherches Economiques et Politiques d’Action Communautaire), 2005, Mexique.
Distribution : France-Amérique latine
Contact : franceameriquelatine@free.fr
Projeté le mercredi 23 septembre 2009.

Le documentaire

Pour la troisième séance de son cycle de projections documentaires « Ressources naturelles, multinationales et enjeux politiques », la fondation proposait un film engagé consacré au Plan Puebla Panama (PPP), un programme à l’initiative du gouvernement mexicain et de la Banque Internationale de Développement lancé en 2001 qui regroupe tous les pays d’Amérique centrale.

De la frontière Mexique / Etats-Unis à la Colombie, le PPP projette la construction de routes et de voies ferrées, le développement de l’industrie pétrolière et de l’énergie électrique.

Le film aborde le PPP comme un outil « importé » des Etats-Unis afin de piller les ressources naturelles, sous couvert de développement économique. Il s’intéresse particulièrement aux ressources agricoles, aux semences et à l’eau. Il démontre comment ce projet s’articule aux accords de libre-échange de l’ALENA et de la ZLEA, mis en échec par les résistances des peuples d’Amérique centrale et latine.

A l’origine du film, le CIEPAC est à la fois un centre de recherches économiques et politiques d’action communautaire et une organisation civile qui accompagne les processus sociaux au Mexique et dans l’ensemble de l’Amérique centrale.

Le débat

La projection était suivie d’une discussion avec Hélène Roux, journaliste indépendante spécialiste de l’Amérique centrale et chercheure.

L’argument phare du Plan Puebla Panama était de contribuer au développement de l’Amérique centrale sur la base d’une mise en valeur des avantages comparatifs des pays de la région (principalement le faible coût de la main d’œuvre). Or, le développement suppose une amélioration des conditions de vie et donc du pouvoir d’achat ce qui entre en pleine contradiction avec l’utilisation d’une force de travail bon marché.

Le Mexique s’est érigé en promoteur de ce plan, les autres pays n’en étant que les récipiendaires. Mais en 2004 et 2005, les difficultés se sont accumulées freinant les ambitions du pays fer de lance. Ni les entreprises, ni les fonds n’ont été au rendez-vous si bien qu’une stagnation voire un recul des projets s’est produit.

Une résistance populaire a vu le jour grâce à l’organisation de réunions publiques d’information et de manifestations, dont celle des paysans de San Salvador Atenco opposés à la construction d’un nouvel aéroport sur leurs terres (en 2001). Cette bataille a été gagnée en 2002 mais en 2006, les autorités ont fait payer cher cette résistance à la population. Sous le prétexte d’un conflit mineur entre un groupe de fleuristes et la municipalité de Texcoco (voisine de San Salvador Atenco) la répression s’est abattue sur le mouvement. Les opérations policières ont fait deux victimes, provoqué de nombreuses arrestations et la plupart des femmes arrêtées ont subi des violences sexuelles lors de leur transfert en prison. Alors que les forces de l’ordre et les responsables politiques impliqués jouissent de la plus totale impunité, des militants ont été condamnés à de lourdes peines de prison (de 31 à 117 ans), tandis que d’autres sont contraints à la clandestinité [1].

Dans ce contexte, les maquiladoras, entreprises d’assemblage, se sont déplacées en Amérique centrale pour bénéficier de coûts de production encore plus faibles.

Le PPP a été conçu comme un instrument permettant de mettre en place une structure qui prépare l’arrivée des entreprises, plus que comme un opérateur attribuant aux entreprises des espaces où s’implanter. Accessoirement certains programmes de coopération ont facilité la mise en place de réformes de la législation permettant une plus grande libéralisation. Ce qui a changé donc par rapport aux années passées tient au fait que les Etats empruntent aux banques pour financer une infrastructure qui permet aux entreprises de s’implanter et de développer une activité dont l’objectif est d’extraire une ressource, sans s’installer durablement sur les territoires. Elles laissent derrière elles des terres dévastées, vidées de leur bois ou de leurs mines. La volatilité de l’économie mondialisée, l’instabilité locale et internationale expliquent ce changement.

Le plan compte aussi un volet environnemental : le couloir biologique mésoaméricain (CBM) allant du Mexique au Panama, principalement le long de la côte atlantique. L’objectif est d’en faire une zone de protection de la biodiversité et de tourisme. Mais dans ce cas, les populations locales se trouvent expulsées de leurs terres sous couvert de préservation de la nature. Il faut bien comprendre que le PPP constitue un réaménagement territorial au niveau de la région, séparant les régions d’extraction des ressources, d’implantation industrielle et de conservation…. C’est ce système de redéfinition des territoires en fonction des intérêts économiques qu’il faut comprendre.

Sur la côte pacifique, le plan prévoit des couloirs industriels pour l’acheminement des biens, le développement des transports constituant un axe fondamental du PPP.

Dans cette région, le Honduras doté d’une façade atlantique désenclavée permet l’exportation de marchandises vers les Etats-Unis et ouvre des couloirs transversaux vers l’Asie (via le Salvador et ses ports tournés vers le Pacifique). Des millions de dollars ont ainsi été investis dans la construction d’infrastructures autoroutières entre les ports salvadoriens et le Honduras.

En signant des accords de libre-échange avec l’Amérique centrale, l’UE s’immisce dans le tête-à-tête entre la Banque interaméricaine de développement, également à l’initiative du plan, les Etats-Unis et son ancienne chasse gardée. Dans le document stratégique 2007-2013 guidant ces accords, elle propose même une vision critique des projets du plan en affirmant que ceux-ci engendreraient une fragmentation des territoires, un appauvrissement des pays agricoles et l’augmentation d’une pauvreté rurale déjà importante. L’intérêt de l’UE notamment à travers sa participation aux projets énergétiques (électricité) est à moyen terme, d’avoir accès au marché nord américain. C’est-à-dire contrôler les circuits pour acheminer et vendre aux Etats-Unis de l’énergie produite en Amérique centrale.

Les partis politiques mexicains (PAN, PRI et PRD) ont, quant à eux, tous défendu le plan. L’ex-gouverneur du Chiapas, Pablo Salazar Mendiguchía (élu en août 2000 sous le sigle d’Alliance Chiapas, une coalition qui regroupait les forces politiques opposées au PRI, c’est-à-dire le PAN et le PRD), s’est fait l’architecte du couloir biologique mésoaméricain. Il a par ailleurs à la fin de son mandat, conclu un accord avec des entreprises pour la production de palmiers à huile dans cette région, destinée à la production d’agrocarburants. La construction d’une raffinerie –dans laquelle des capitaux d’une entreprise colombienne et italienne sont investis- dans le sud du Chiapas est en projet (si ce n’est déjà en cours de réalisation). Souvent les plantations servent de zones tampon entourant les réserves naturelles et empêchant que des populations s’y installent. Le gouverneur Salazar a par ailleurs lancé avec l’Union européenne le plus important projet de développement de toute la zone (15 millions d’Euros). Appelé Prodesis (Programme de développement rural communautaire), il vise l’exploitation des ressources issues de la biodiversité.

Au niveau national, les projets du PPP ont été occultés du débat public malgré les nombreuses résistances. Le gouvernement mexicain a préféré commander à un groupe de consultants nord-américains une étude sur la perception du PPP par l’opinion publique afin d’adapter sa communication.

Face aux oppositions, les instigateurs du PPP se sont donc contentés de lui donner d’autres noms. Désormais appelé le plan Mesoamerica, il entend élargir son terrain d’intervention à la Colombie pour y étendre notamment le programme d’interconnexion électrique. Le secteur ayant été au préalable privatisé, les entreprises peuvent s’emparer du marché de l’électricité. Les sociétés européennes, surtout espagnoles, sont bien positionnées grâce à la signature des accords de libre-échange. Bien implantée auparavant, EDF s’est retirée du Mexique.

Les enjeux pétroliers sont également au cœur du plan. L’entreprise mexicaine Pemex a notamment des vues sur l’Amérique centrale (notamment pour y raffiner et vendre son pétrole). Les projets s’entrechoquent avec ceux de l’ALBA, alternative d’intégration régionale encore balbutiante, dont un des objectifs est d’assurer l’approvisionnement des pays de la région en pétrole vénézuélien. Ainsi, l’entrée du Nicaragua dans l’ALBA signifie que c’est le Venezuela et non le Mexique qui devrait y installer une raffinerie. Néanmoins cette nouvelle alliance régionale ne constitue pas encore un péril réel pour les Etats-Unis et les multinationales.

Concernant le développement des infrastructures de transport, le plan prévoit l’agrandissement du canal de Panama, la construction de canaux secs (trois sont en projet entre le Honduras et le Salvador) et peut-être un second canal au Nicaragua reliant la mer des Caraïbes et l’océan pacifique, mais en raison de coûts élevés et des conséquences potentiellement négatives d’un tel projet sur l’environnement, l’idée reste en suspend.

Il existe une route traversant l’Amérique centrale du Nord au Sud, dénommée la panaméricaine, elle est toutefois insuffisante et trop chaotique. Des axes supplémentaires sont prévus par le PPP pour relier les enclaves industrielles entre elles.

On assiste à un affrontement des lobbies pour la mise en valeur des territoires. Les intérêts des groupes environnementaux et pétroliers s’opposent sur la zone de biodiversité. Le lobby des biocarburants prend de l’importance par exemple au Honduras, grand producteur de palmiers à huile depuis les années 1970.

L’Amérique centrale est donc une zone géostratégique en raison de sa géographie, de ses ressources, de la présence d’opérateurs économiques à fort potentiel d’investissement et d’une main d’œuvre bon marché. On peut donc s’interroger sur les causes du coup d’état qui a eu lieu au Honduras le 28 juin 2009, et ses liens avec des enjeux économiques.

La réaction de la « communauté internationale » fait particulièrement apparaître les intérêts économiques des différents pays dans la région. L’Union européenne ne se prononce pas d’une seule voix. Bien au contraire, l’Espagne demande à exclure le Honduras des négociations commerciales avec l’Europe, alors que l’Allemagne s’y oppose. La coopération allemande (GTZ) gérant les réserves nationales protégées du pays, elle a donc des visées commerciales qu’elle entend préserver (et surtout des programmes qu’elle entend bien poursuivre). D’autant que de tels projets ont à voir avec le marché du CO2 (leur permettant de défalquer les investissements en « green business » des taxes sur leurs émissions de gaz à effet de serre).

Selon Hélène Roux, le coup d’Etat n’arrange pas un certain nombre d’Etats et d’entreprises étrangères qui auraient préféré que le président Zelaya soit écarté pour des raisons juridiques (de manière soft). La classe patronale centraméricaine voit ses affaires ralentir. Néanmoins, c’est bien l’oligarchie hondurienne qui a manœuvré dans l’urgence ; inquiète de l’avancée du mouvement social, à la pointe de la résistance au PPP, elle a fait le choix du coup d’Etat. La décision de Zelaya d’augmenter le salaire minimum de 20% et l’idée de la convocation d’une assemblée constituante ont déplu à l’oligarchie souhaitant préserver son pouvoir. Des intérêts nord-américains sont certainement impliqués, mais il s’agit d’abord des conséquences d’une panique des intérêts nationaux, incarnés notamment par le lobby de l’huile de palme, entre les mains d’une des familles les plus puissantes du Honduras (la famille Facussé).

Membres de l’Organisation des Etats américains (OEA), les Etats-Unis sont obligés de soutenir le président expulsé, alors que l’UE divisée par les intérêts économiques dans la région de ces Etats-membres joue un jeu beaucoup plus pernicieux.

L’Amérique centrale, région hautement stratégique, si elle n’est plus tout à fait l’arrière-cour des Etats-Unis, est le terrain de jeu des lobbies industriels et environnementaux transnationaux. Le Plan Puebla Panama illustre cette tendance en tentant de satisfaire les intérêts des pétroliers, des entreprises d’infrastructures de transports, d’électricité, mais aussi des sociétés exploitant la biodiversité. L’action de l’UE paraît teintée d’ambigüité entre critiques émises à l’égard du PPP ou plan mésoaméricain (pour des raison de concurrence économique), et prises de position contestables de certains pays membres défendant leurs intérêts économiques et ceux de leurs entreprises transnationales.

[1] Une campagne internationale « Liberté et justice pour Atenco » a été lancée pour la libération des prisonniers politiques par le Front des peuples pour la défense de la terre (FPDT) :
http://www.atencolibertadyjusticia....
http://cspcl.ouvaton.org/rubrique.p...