Présentation du cadre du séminaire
par Pierre Mansat
Conseiller de Paris.
Je voudrais juste préciser dans quel esprit a été lancé ce séminaire. Il y a deux ans, lors du débat sur le plan d’urbanisme local parisien, nous, les élus communistes de Paris, avions été frappés par le décalage énorme qui existait entre l’appétit citoyen autour de l’élaboration du plan, et la quasi-absence de débat politique de fond sur la conception de la ville et de son avenir : quelle conception de la ville veut-on ? Où va Paris ? Qui doit habiter dans cette ville ? Pour y faire quoi ? Dans quelles conditions ? Comment s’y déplace-t-on ? L’investissement citoyen, parfois fort, restait trop souvent centré sur des préoccupations particulières ou localisées.
Face à ce constat, les élus communistes ont donc initié à l’occasion de l’élaboration du projet de PLU un premier débat qui a réuni un grand nombre de participants, plutôt des architectes et d’urbanistes, pour ouvrir et approfondir le débat qui semblait marqué par des idées pré-conçues, alors que l’avenir de Paris exige une réflexion rigoureuse et innovante.
Rigueur et créativité se révèlent d’autant plus nécessaires que nous nous situons à un moment charnière de l’évolution de cette ville. Selon les choix faits en matière de logement, d’activités, de mobilité, se dessinera en effet une destinée particulière pour l’agglomération parisienne, comportant le risque d’imprimer la métropolisation dans les mouvements plus larges du marché qui se traduisent par la spécialisation, par une ville réservée à des catégories socioprofessionnelles aisées et hautement qualifiées qui produit une importante plus-value, sans que l’emploi ne suive. A Paris, depuis 20 ans, il y a 11 % de taux de chômage.
Suite à ce premier débat, nous avons souhaité poursuivre la dynamique de réflexion enclenchée en invitant à la réflexion collective et citoyenne sur les grands enjeux parisiens, des experts, des citoyens de toutes origines qu’ils soient associatifs, syndicalistes ou simplement citoyens sans activité particulière. Nous appelons cette dynamique « le projet pour Paris » qui est un mouvement de réflexion Politique au sens de la polis et qui vise à ancrer dans cette agora et dans la durée un débat de fond sur l’avenir de Paris.
Mais il nous a semblé qu’une réflexion de ce type initiée par les élus communistes de Paris pouvait ne pas répondre à tous les critères d’un débat démocratique. C’est pourquoi, la Fondation Gabriel Péri a été sollicitée pour porter ce projet de séminaire mené en dehors de tout cadre politique, partidaire et institutionnel. Des experts de toutes natures et de disciplines variées, motivés par la démarche se sont associés à la démarche. Il y a bien sûr ceux qui sont à cette table, Laurent Davezies, Guy Burgel, Monique Eleb, Makan Rafatdjou, Catherine Gégout, mais il y en a aussi d’autres dans la salle comme Gustave Massiah, Marie-Hélène Bacque ou d’autres qui n’ont pas pu être là ce soir, comme, Annie Fourcaut, Jacques Delallée, Vincent Renard, Jean-Pierre Orfeuil, Jean-Marie Firdion ou Olivier Mongin.
Nous faisons ainsi ce soir la proposition d’un séminaire qui débuterait en octobre 2006. Les axes de travail que nous avons commencés à définir et que Guy Burgel va vous énoncer, ne sont que des propositions qui ne constituent en rien un programme établi et intangible. Bien au contraire, la présente séance inaugurale vise à confronter ces propositions à vos réactions et réflexions de manière à la enrichir. Tel est bien le sens de cette soirée : provoquer cette réaction. De la même façon, nous avons choisi l’appellation « alter-métropolisation » qui, en clin d’œil, situe le terrain sur lequel on entend se placer : celui du refus d’un cadre de réflexion déterminé et immuable, figé une fois pour toutes.
L’autre cadre dans lequel l’on refuse de s’enfermer, c’est évidemment le cadre administratif et géographique parisien. La réflexion porte bien sûr sur Paris, mais c’est évidemment Paris au coeur d’une métropole, au cœur d’une agglomération. On verra dans le séminaire d’ailleurs quelles sont les appellations et je ne me mêlerai pas de ce débat : la zone dense ? Le cœur de l’agglomération ? L’agglomération ? En tout cas, il s’agit d’une ville dont l’imbrication avec l’ensemble de la métropole est de plus en plus forte et complexe, ce qui porte à poser la question de son avenir en lien avec cet ensemble. Cette situation interroge les politiques qui peuvent être construites à Paris et qui ne peuvent sans doute pas être pensées indépendamment de l’ensemble de l’agglomération et de la région Ile-de-France.
Telles étaient les deux contraintes que nous nous étions fixées pour ce séminaire dans lequel la parole est absolument libre.
