Pour de nouvelles relations France-Afrique
Lettre de présentation du colloque de Dakar des 1er et 2 décembre 2005
par Robert Hue
Président de la fondation Gabriel Péri, sénateur-Maire du Val d’Oise, vice-président de la Commission des Affaires étrangères et de la Défense, ancien secrétaire national du Parti communiste français.
Amath Dansokho
Secrétaire général du Parti de l’indépendance et du travail (PIT-Sénégal), maire de kedougou, ancien ministre, ancien vice-president de l’assemble nationale, ancien député du parlement de la CDEAO.
Présentation de la Conférence internationale de Dakar « Pour de nouvelles relations entre la France et l’Afrique », organisée par la fondation Gabriel Péri et le Parti de l’indépendance et du Travail du Sénégal
Lettre co-signée par Robert Hue, Président de la Fondation Gabriel Péri et Amath Dansokho, Président du Parti de l’Indépendance et du Travail du Sénégal.
Entre la France et l’Afrique et entre leurs peuples respectifs, l’histoire a créé des relations spécifiques profondes, complexes et contradictoires.
Complexes : elles se sont constituées dans le droit fil de la traite des noirs, dans le cadre du colonialisme puis du néocolonialisme qui ont toujours signifié, pour les peuples africains concernés, exploitation économique, oppression politique et aliénation culturelle. Cela ne pouvait que susciter, et suscite encore, dans la mesure où elles perdurent, des résistances légitimes, multiples et multiformes sur le continent africain.
Contradictoires : fort heureusement, cette histoire aura permis, aussi, l’instauration et l’approfondissement continu d’une tradition, exemplaire à différents égards, d’amitié, de coopération et de solidarité agissante dans la lutte commune du peuple français, de ses forces progressistes et démocratiques, et de celles de l’Afrique pour la libération nationale, la démocratie, le progrès social et la paix.
Il en va ainsi du rôle décisif joué par les « tirailleurs sénégalais » dans la libération de la France contre l’invasion hitlérienne, ou de l’engagement remarquable de ces enseignants et autres fonctionnaires « métropolitains », communistes pour la plupart, qui, malgré des risques politiques ou professionnels non négligeables, ont contribué à semer en Afrique et à y faire germer les graines de la pensée politique et sociale la plus avancée, ou encore des grandes mobilisations du mouvement démocratique et ouvrier français contre le colonialisme puis le néocolonialisme. Ce ne sont pas les exemples qui manquent pour illustrer cette grande et noble tradition. Parmi les forces progressistes africaines, le Parti de l’Indépendance et du Travail du Sénégal (PIT-SENEGAL) peut en témoigner particulièrement. Son action s’inscrit dans la continuité de celle du Parti Africain de l’Indépendance (PAI), premier parti dans l’ancien empire colonial français en Afrique à avoir inscrit sur la même bannière la lutte pour l’indépendance nationale et le socialisme.
Fondées sur de telles bases, les relations entre la France et l’Afrique, francophone notamment, ne pouvaient manquer de voir leur orientation, leur nature, leur contenu et leurs modalités porter la marque des trajectoires politiques, économiques, sociales et culturelles spécifiques des peuples qu’elles engagent d’une part, et de la configuration internationale à l’intérieur de laquelle elles se déploient, d’autre part.
C’est ainsi que la mondialisation néolibérale et la manière dont elle façonne l’orientation, les objectifs et les moyens de l’ensemble des relations internationales ; la création de l’Union Européenne et de l’espace Shengen, et les exigences qui en découlent pour chacun de leurs pays membres en matière de relations bilatérales avec leurs partenaires africains respectifs mais aussi d’immigration ; enfin les nouvelles directions empruntées par la politique africaine de la France, notamment en matière de coopération bilatérale et multilatérale ; ont conduit les relations franco-africaines à un tournant critique qui n’est pas sans susciter de graves inquiétudes auprès des partenaires africains.
Ils en viennent à se demander si la France est encore soucieuse, prête et capable d’assumer pleinement toutes les conséquences, toutes les responsabilités découlant de l’histoire qu’elle partage avec ses partenaires africains. Une histoire qui ne saurait être considérée comme la seule cause de leurs difficultés actuelles mais qui ne leur en a pas moins légué un héritage qui constitue à bien des égards un lourd handicap.
Ces critiques sont partagées par des responsables, des militants politiques et des mouvements sociaux et une part importante de l’opinion publique française, inquiets de la crise profonde qui affecte la politique de la France en Afrique. On en est arrivé à un point critique, imposant une remise à plat pour une refondation de ces relations.
Décidés à assumer leurs responsabilités dans ce sens, les partenaires africains de la France se demandent si la France serait dans les mêmes dispositions pour entreprendre de construire ensemble les bases d’une nouvelle coopération, libérée de tout esprit de domination, de paternalisme et de « négationnisme ». Il s’agit de fonder une relation d’un type nouveau qui ne soit plus conçue sur le modèle obsolète et désastreux des réseaux, ou bien enfermés dans des conceptions dont l’expérience a montré la nocivité. Il s’agit donc tout au contraire de construire une dynamique de coopérations fondées sur le respect mutuel et l’avantage réciproque, capables d’affronter les enjeux de la mondialisation et de nourrir les valeurs culturelles que la France et l’Afrique ont en partage. Néanmoins le racisme vis-à-vis des noirs a, dans la pensée occidentale, de profondes racines - les positions discriminatoires vis-à-vis des « nègres » de penseurs comme Hune, Kant, Hegel, et Voltaire sont mal connues et critiquées dans l’université française. Elles continuent de nourrir dans la population un ostracisme vis-à-vis des émigrés noirs qui travaillent et vivent en France.
Au moment où s’annonce la tenue à Bamako (République du Mali) du sommet des chefs d’Etats franco-africains, ces exigences méritent des réponses pertinentes, concrètes et urgentes. Elles devraient être prises en compte dans les délibérations et les décisions des chefs d’Etats. Il y va de l’avenir bien compris d’une coopération franco-africaine qui soit véritablement, entièrement et exclusivement au bénéfice des peuples.
C’est pour y contribuer que la Fondation Gabriel Péri de France, dirigée par Robert Hue, et le Parti de l’Indépendance et du Travail du Sénégal, dirigé par Amath Dansokho, Vice-président de l’Assemblée Nationale du Sénégal, ont décidé d’organiser à Dakar, du 1er au 2 décembre 2005, un colloque sur le thème : « Pour de nouvelles relations de coopération entre la France et l’Afrique ».
Ce colloque réunira des personnalités politiques, des journalistes et des chercheurs, africains et français, spécialistes de tels ou tels aspects de la problématique des relations franco-africaines.
Les communications y seront présentées dans le strict respect du choix par leurs auteurs de leurs opinions et de la perspective dans laquelle ils entendent se placer. Les débats libres et ouverts auxquels elles ne manqueront pas de donner lieu, devront permettre d’atteindre, entre autres, les objectifs suivants :
- Esquisser les axes d’une coopération franco-africaine au service des peuples et en définir la stratégie et les priorités.
- Elaborer des recommandations à présenter à la rencontre des Chefs d’Etat de la Francophonie à Bamako.
- Dégager les procédures, les moyens et les modalités de la popularisation de ces axes, stratégies et priorités, pour que les forces progressistes françaises et africaines, seules capables de les faire aboutir, puissent se les approprier et s’en servir comme point d’appui dans leur mobilisation et leur lutte.
- Concevoir, entre ces forces, pour conférer le maximum d’efficacité à leur engagement et à leur lutte pour une nouvelle coopération franco-africaine, les formes de solidarité nécessaires et efficaces.
Il est prévu qu’à l’issue du colloque, Robert Hue et Amath Dansokho, si les autorités maliennes qui seront sollicitées dans ce sens en donnent l’accord, se rendent à Bamako pour remettre aux Chefs d’Etat les propositions qu’il aura retenues.
Robert Hue
Président de la Fondation Gabriel Péri
Amath Dansokho
Secrétaire Général du Parti de l’Indépendance et du Travail du Sénégal
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Lettre de présentation du colloque de Dakar des 1er et 2 décembre 2005.
