La Bible et le caractère séculier de ses moments fondateurs
par André Paul
Historien, bibliste et théologien.
13 mars 2008
Séance du jeudi 13 mars 2008 (salle des documents cinématographiques, Paris).
« La Bible et le caractère séculier de ses moments fondateurs »
Avec M. André Paul, historien, bibliste et théologien.
Qu’il s’agisse des croyances, des rites ou autres objets sacrés, l’historien se doit de renvoyer d’abord à leurs dimensions originelles. Les vraies dimensions, celles qui relèvent de l’homme et non de Dieu, du monde et non du ciel. Il est lumineux et enrichissant pour l’esprit d’en désigner les sources, d’en évoquer la constitution et l’évolution, et ce faisant le sens. Cela vaut éminemment pour la Bible.
On fait ainsi le constat que la détermination religieuse de la Bible ne fut guère voire jamais première. On découvre les lieux et les moments où celle-ci, dès ses origines, se réalisa comme un bien séculier. Il nous est révélé que « Dieu » n’y vint qu’a posteriori, tel l’invité voire l’« élu » de l’homme, censé son partenaire.
La dimension religieuse de la Bible apparaît alors comme une acquisition de l’histoire : fruit mûri de l’intervention d’interprètes successifs, fondateurs, prophètes, maîtres de sagesse ou de doctrine. À la chaîne de ces derniers, on doit des modèles religieux qu’une partie de l’humanité, de façon différenciée, fait toujours siens, souvent à son insu : d’une manière ou de l’autre, ils contribuent à maintenir son identité. Et à la fin, la Bible de proposer un visage à deux faces : selon les lieux et leurs conditions, soit la voix désignée de Dieu soit la parole mythifiée de l’homme. Ce qui exige que l’on apprenne à discerner puis à situer la pertinence respective et de l’une et de l’autre.
Voilà les propositions que cet exposé voudrait éclairer, à l’aide seulement de quelques faits sélectionnés dans l’histoire de la formation de ce produit qu’un jour, en plein Moyen Âge, on dénommera en latin biblia, « bible ».
André Paul.

