Editorial
Éloge de la politique

« Eloge de la politique », ainsi s’intitulait un article de Roger Vailland, paru le 26 novembre 1964 dans Le Nouvel Observateur. Un testament, en quelque sorte, puisque l’écrivain allait s’éteindre quelques mois plus tard, le 12 mai 1965. À quarante ans de distance, on peut relire ces lignes et méditer ce qu’on appelle avec trop de facilité, si ce n’est quelque arrière-pensée, « la crise de la politique ». C’est-à-dire, plutôt, la crise de la démocratie et la crise de la pensée politique.

« Comme citoyen, écrivait Vailland, je veux retrouver, je veux provoquer l’occasion de mener des actions politiques (des vraies), je veux que nous redevenions tous des politiques. » Et il ajoutait, provocateur, excessif, mais volontaire : « Qu’est ce que vous faites, les philosophes, les professeurs, les écrivains, moi même, les intellectuels comme on dit ? Les praticiens ne manquent pas, ce monde en est plein. Mais les penseurs politiques ? »

La pensée politique ! Voilà la tâche que la Fondation Gabriel Péri s’est donnée : nourrir, à sa mesure, avec ses moyens, et l’une parmi d’autres, la pensée politique. L’investir de tous les côtés. C’est ainsi qu’il faut comprendre la diversité de nos entreprises, du colloque d’avril sur la mondialisation à celui de Dakar sur les relations franco-africaines ; du séminaire sur l’énergie à celui sur les religions en passant par le formidable chantier des mutations du travail et des recompositions politiques qu’elles suscitent ou anticipent ; du débat sur la fondation de la SFIO à la conférence prospective, présentée en Chine par notre président, Robert Hue, sur le « marché ». Diversité de nos initiatives, diversité aussi dans les approches, plurielles, volontairement, nécessairement plurielles.

L’année qui s’achève, la première année d’activité de la Fondation Gabriel Péri i, a été riche. Nos regards se tournent vers l’horizon. Nos séminaires continuent. Nos partenariats s’élargissent.

Deux grands événements auront lieu au premier semestre 2006. Au début de l’année paraîtra le premier numéro de notre revue FondationS. C’est la première publication théorique de tradition communiste à voir le jour depuis les années 70. Au printemps, se déroulera à Paris, au Sénat, un important colloque sur le Proche-Orient, coorganisé avec l’Institut des relations internationales et stratégiques (IRIS) que dirige Pascal Boniface. Nous en reparlerons...

À bientôt donc, et bonnes fêtes.

Bernard Frederick