Compte-rendu synthétique des débats

La soirée s’est ouverte par la présentation de la Fondation Gabriel Péri par son directeur, Michel Maso. Pierre Mansat, conseiller de Paris, a ensuite pris la parole pour exposer le cadre de travail du séminaire. Enfin, Guy Burgel, géographe, a présenté les grands axes de travail et les échéances du séminaire. Le débat s’est alors engagé avec la salle.

Simon Ronai commence en s’interrogeant sur la présence d’élus dans le séminaire. S’il faut veiller à ne pas être « instrumentalisé », il n’en reste pas moins que le problème est politique. « L’utilité sociale de ces travaux passe par la confrontation à la politique et aux politiques » poursuit le sociologue : faute de relais, les travaux du séminaire pourraient rester lettre morte. Pour Monique Eleb, il ne faut cependant pas s’enfermer dans une posture où « on sait tout, il n’y a qu’à faire ». La sociologue estime qu’il reste beaucoup à étudier : le coût des performances techniques du logement social, qui le rend plus cher que le privé, les freins au développement du logement dans la réglementation française, la réduction de la taille des logements à Paris de 2m2 en cinq ans, etc.

Un autre intervenant souligne le caractère complexe de la métropolisation, qui appelle des regards eux-mêmes complexes. Il convient, selon lui, de croiser les approches des professionnels, des élus, des citoyens, en prenant en compte « les contraintes de chacun ». On observe par exemple une concomitance de différents modes de vies, mais trop souvent dans des « sphères étanches. » Il faut donc « trouver des passerelles » des uns vers les autres. Michèle Colas renchérit : « les experts doivent sortir de leur « usine », les élus de leur cadre de démocratie participative. Ça n’est pas toujours facile : « on me le reproche » témoigne-t-elle.

« Pour ne pas désenchanter, il faut politiser » lance Paul Chemetov. Aujourd’hui, la question de la métropolisation est « grandement sous-évaluée dans tous les programmes des partis politiques. » L’architecte livre une série de problématiques immédiates : la paix sociale, nécessaire selon lui à une « métropole durable » ; la remise en cause de la politique de l’ANRU, qui consiste à « déclasser tout ce qui est moins cher que le logement social. » Il appelle enfin, contre la métropolisation qui exclut, à la réflexion sur la « métropole inclusive. » « la contrepartie de la démocratisation, c’est la distance sociale . »

Pour Alexandre Rondaut, le paradoxe de la métropolisation est qu’elle crée, dans un même mouvement, énormément de richesse et de pauvreté. Plutôt que de s’interroger sur une « autre métropolisation », il préférerait étudier les possibilités « d’influer sur cette métropolisation. » Un auditeur interroge : « La forme métropolitaine » porte-t-elle, de façon inhérente, les contradictions du capitalisme, ou y a-t-il, dès maintenant, des transformations possibles ? Dans la salle, cela soulève une autre question : faut-il alors déconstruire et reconstruire une représentation de Paris, élaborer des « contre-modèles » ?

Gustave Massiah précise que le choix du terme d’alter-métropolisation dans le titre du séminaire a été choisi en référence aux mouvements pour une alter-mondialisation. D’ailleurs, la réflexion ne peut faire l’impasse sur les grandes questions que sont la mondialisation, l’écologie, les rapports nord-sud, et même, insiste-t-il, ces problématiques sont « structurantes », et non parallèles, voire secondaires. Il est donc bien question de construire une alternative. Il rappelle une des propositions des forums sociaux : organiser chaque ville, chaque région... non pas sur les règles du marché, mais « sur un accès aux droits pour tous ». Cela constituerait un critère d’évaluation intéressant pour une métropole inclusive, conclut-il.

Le séminaire devra aussi se tourner vers les autres métropoles du monde, est-il noté. Avec toutes les précautions nécessaires à ce genre de comparaisons, Philippe Panerai dénonce l’extraordinaire complexité de la tarification des transports franciliens : à New-York, huit millions d’habitants se déplacent avec un ticket de métro unique. Guy Burgel observe à ce propos que l’on assiste à une « universalisation de mécanismes » de métropolisation, mais pas à des traductions identiques dans les choix politiques.

En province, pointe un intervenant, les gens vivent la décentralisation au quotidien et connaissent ses mécanismes. A Paris, il n’y a pas cet apprentissage social collectif. L’intérêt, la mobilisation, par exemple pour les services publics, ne passe donc pas du tout par les mêmes registres.

Catherine Gégout apporte son témoignage d’élue parisienne : « les parisiens ne vivent pas seulement à Paris. » Ils sont donc sensibles aux problèmes globaux de la métropole. Elle constate les limites de la démocratie participative : les conseils de quartier ne rassemblent qu’une petite partie de la population, « très marquée socialement » et non-représentative de la diversité de la population parisienne. A côté, « des populations entières ne s ’expriment jamais. » Par ailleurs, « les Parisiens ne vivent pas seulement à Paris », ils sont donc concernés par les problèmes globaux de la métropole.

Les interactions entre Paris et banlieue sont nombreuses, renchérit l’architecte Makan Rafatdjou : les parisiens vont à l’université, au théâtre, travaillent en banlieue, et inversement pour les habitants de banlieue. Les intérêts des uns et des autres ne respectent pas les limites du périphérique, et sont au contraire très étroitement imbriqués.

Mais, ajoute un autre intervenant, il y a un problème de pouvoir : « le banlieusard ne décide de rien de ce qui concerne Paris ».

Laurent Davezies a clôt la séance, en reprenant une série de problématiques que le séminaire s’efforcera d’aborder au cours de ses séances.