Compte-rendu de la soirée inaugurale
La première idée qui se dégage de la séance inaugurale du séminaire sur le thème de l’énergie est bien que cette question est devenue majeure pour l’humanité.
C’est parce que cette question est devenue un enjeu de civilisation qu’il est impératif d’initier un débat collectif où chacun, chef d’entreprise et syndicaliste, expert et militant associatif, responsable politique et plus généralement citoyenne et citoyen, dispose d’une information complète et sincère. Il en est fini du temps où un homme, ou un groupe d’hommes - aussi brillants soient-ils - disposaient d’un avis éclairé qui s’imposerait à tous.
L’ambition de la Fondation est bien de restituer l’ensemble des informations des choix possibles et de leurs conséquences afin de permettre à chacune et à chacun d’être acteur, auteur et décideur.
Ce parti pris est en rupture avec la façon de traiter habituellement les questions de l’énergie qui enferment plutôt la pensée dans un couple catastrophisme/culpabilisation, réducteur pour l’intervention humaine. Culpabilisation des salariés qui n’ont d’autre possibilité que d’utiliser leur voiture pour aller travailler, culpabilisation renforcée par la conscience grandissante qu’aujourd’hui l’activité humaine peut conduire à une dégradation climatique remettant en cause la survie d’espèces, y compris l’espèce humaine.
Un débat s’instaure sur le statut de la question énergétique.
Les réponses ne laissent aucune hésitation : parce qu’il s’agit de questions de civilisation, elles appellent des réponses politiques.
Des intervenants parlent de vide laissé par la politique alors que l’énergie est une question au coeur des enjeux de classe. La raréfaction des ressources naturelles, comme le pétrole et le gaz, conduit à des tensions géopolitiques, des conflits régionaux, des tentatives de déstabilisation politique comme au Vénézuela.
Les inégalités en matière d’accès à l’énergie sont probablement les signes les plus criants de la fracture nord-sud. Aujourd’hui, 1,6 milliard d’êtres humains n’ont accès à l’énergie qu’au travers du bois de chauffe. Sans énergie, l’éducation, la santé sont impensables. Véritable droit à l’émancipation humaine, l’énergie doit être abondante et accessible. Nous avons consommé lors des quarante dernières années, l’équivalent de la consommation de toutes les générations depuis l’apparition de l’Homme sur la planète.
Lorsqu’une question est à ce point au cœur des inégalités, des flux migratoires, des guerres du développement, le vide laissé par la politique ne peut qu’interpeller une fondation politique et surtout celle du Parti communiste.
La force de la mise en commun de personnalités en responsabilité politique, syndicale, d’entreprises et d’expert est bien qu’à aucun moment le débat ne sorte du réel.
L’actualité sur le prix du pétrole a mis en relief le besoin d’articuler l’urgence et la visée. Urgence pour répondre aux problèmes des salariés soumis au prix de l’essence et du fioul domestique et visée quant à la nécessité de solutions alternatives au pétrole, notamment dans le logement et les transports. Si les quatre hommes partagent les enjeux de civilisation que pose l’énergie, ce qui laisse à penser que l’énergie pourrait être, comme elle l’a été à la Libération , un élément du contrat social, les arrêtes vives du débat apparaissent rapidement. La première contradiction réside dans la recherche de rentabilité à court terme face à des choix de civilisation qui nous engagent pour des décennies. La question du rapport au temps devient une question politique.
Sans doute, le débat sur le climat en est une des illustrations les plus fortes. Les mesures prises pour réduire l’ampleur des changements climatiques ne porteront leurs fruits qu’après plusieurs décennies au cours desquelles la température continuera de croître au même rythme que précédemment, sans espoir de retour.
Autrement dit, si nous attendons de constater les conséquences néfastes du changement climatique pour agir, nous condamnons les générations futures à connaître un climat bien plus dégradé que celui qui nous a décidé à réduire nos émissions de gaz à effet de serre.
Arrête vive encore à travers le débat sur la maîtrise publique au moment où le gouvernement s’apprête à ouvrir le capital d’EDF. Comment répondre au besoin de financement pour investir dans la réponse aux besoins, sans remettre en cause les logiques publiques. C’est la question que pose la revendication d’un EDF 100 % public.
Autre arrête vive de ce débat sur les questions de coopérations : comment ne pas voir le caractère pertinent du territoire européen pour la recherche, les normes environnementales, tant il est vrai que ni les pluies acides ni les marées noires, ni le nuage de Tchernobyl ne s’arrêtent aux frontières, le niveau des investissements. Comment ne pas s’interroger sur le paradoxe que représente la décision d’Iter, ce qu’elle représente de coopération et la logique de la concurrence non faussée qui perdure et s’oppose à une politique énergétique de l’Union européenne.
Face à la raréfaction des hydrocarbures et le défi climatique, la question est bien de prendre des décisions politiques favorisant les productions qui n’émettent pas de CO2 . Là encore, sincérité du débat, les énergies à promouvoir sont bien en l’état de nos connaissances les énergies nucléaires et renouvelables.
Dans la situation actuelle, le nucléaire est une réponse aux besoins croissants des peuples.
Les efforts de recherche actuelle sont orientés vers le nucléaire durable de nouvelle génération susceptible de minimiser les effets sur le climat, d’accroître l’efficacité énergétique et réduire le volume et la toxicité des déchets.
On l’aura compris, le séminaire engagé par la Fondation a un parti pris pour nous sortir d’un débat souvent dominé par une sorte d’intégrisme jouant des peurs et des culpabilisations pour aller vers une restitution démocratique aux citoyennes et citoyens de tous les enjeux et de toutes les solutions possibles.
Trois mots me viennent à l’esprit pour qualifier cette séance inaugurale : esprit de responsabilité, démocratie et créativité.
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