Compte-rendu de la rencontre
26 septembre 2008
L’élection présidentielle et sa campagne peuvent être comparées avec celle de 1932, où le candidat républicain dans un contexte de crise économique et financière prônait le marché pour seule solution, alors que le candidat démocrate, Franklin Deelano Roosevelt, proposait une autre voie, celle du New Deal pour un programme de gauche.
De réelles différences opposent les candidats au scrutin du 4 novembre prochain. B. Obama semble plus performant sur tous les points, cependant on peut être déçu par des propositions qui sont encore en deçà du niveau des attentes populaires.
La situation est si difficile que cela devrait être simple pour B. Obama de créer une réelle dynamique de changement adossé au mouvement social. On peut ainsi se demander pourquoi reste-il si modéré ? S. Palin, colistière de J. McCain, a pu faire un temps diversion en raison de la platitude du débat.
Pour autant, l’élection d’Obama comme celle de F. D. Roosevelt peut ouvrir une perspective et lancer une dynamique qui pourrait le dépasser. Si les grèves d’après les élections de 1932 ont été si grandes, c’est en partie à cause des attentes que le candidat démocrate avait suscitées dans la population.
Des personnalités, des convictions et des programmes différents
J. McCain est un « maverick », c’est-à-dire un franc tireur qui peut affirmer une chose et son contraire, et s’opposer au parti républicain, comme ce fut le cas lors du vote de la réduction des impôts sur le revenu [1] à laquelle il s’est opposé, alors que son camp l’avait soutenue.
McCain a critiqué l’usage de la torture et s’est prononcé pour une réglementation des dons pour les campagnes électorales. Sur ces points, il a changé d’avis tout comme sur l’avortement et l’exploitation du pétrole en Alaska, qu’il a approuvée en accord avec les positions de sa candidate à la vice-présidence, Sarah Palin. Ces revirements s’expliquent par le calcul électoral de reconquête de la base du parti républicain. McCain reste toutefois assez imprévisible.
Le choix de Palin, comme colistière, vise à satisfaire la base politique réactionnaire qui était réticente jusqu’à récemment à l’égard de la candidature McCain. Palin défend par exemple la théorie créationniste qui doit selon elle, être enseignée dans les écoles.
Le clivage racial s’observe dans les sondages sur les intentions de vote puisque 85% des noirs voteraient démocrates, et 70% des blancs, républicains, alors que les hispaniques sont encore partagés.
Sur le plan économique, McCain est également conservateur. Il souhaite le moins de règlementation possible et opte pour une privatisation de la sécurité sociale. Les contributions publiques doivent baisser pour que les gens s’inscrivent dans des caisses privées d’assurance maladie. Celles-ci pourront investir en bourse leur capital ainsi accru. McCain souhaite une couverture santé pour tous, mais dans la mesure où celle-ci sera assurée par des organismes privés, il est évident qu’elle concernera un nombre restreint de personnes ayant les moyens.
McCain ne reconnaît pas le réchauffement climatique et prône exclusivement une baisse des taxes sur l’essence et une baisse des prix de manière générale.
En matière de politique étrangère, il s’affiche contre la Russie comme en démontre son soutien à la Géorgie pendant le conflit de l’été. Il veut un renforcement des troupes en Irak.
A l’inverse, B. Obama apparaît élitiste, tel que le qualifie son adversaire. Diplômé de Columbia, il a dirigé la prestigieuse revue de droit à Harvard. Dans ses meetings, il mobilise davantage que ce que pouvait faire Clinton. Il est « cool », à l’avant-garde, modéré et sérieux. Ancien travailleur social, il a le sens du contact et pourrait être qualifié de centriste. Il n’apparaît pas comme le candidat de la « communauté noire ». Etroitement lié aux milieux d’affaires, il s’est vu affublé des mots de « not black enough ». Son colistier Biden, qui a fait carrière dans une entreprise de crédit, est issu de l’ « establishment ». Cependant, les syndicats, les jeunes et les femmes lui apportent leur soutien en grande majorité. Au niveau du genre, la question raciale joue beaucoup car les hommes voteraient en majorité pour le candidat blanc, contrairement aux femmes. Les hispaniques pencheraient depuis très récemment en faveur d’Obama.
En politique économique, Obama est conseillé par la même équipe que B. Clinton ; mais la gamme de ses collaborateurs demeure large et favorise la contradiction. Ceci explique qu’il est eu une position offensive sur le plan Paulson en proposant un certain nombre de garde-fous, notamment qu’une partie des 700 milliards de dollars soit débloqué en action pour participer à la recapitalisation des entreprises.
En matière de politique sociale, il est moins à gauche que ne l’est Hilary Clinton. Il veut aller vers une couverture santé universelle, mais ne l’affirme pas avec la même conviction.
Il défend la protection de l’environnement.
La politique étrangère qu’il souhaite mettre en œuvre se fonde sur le multilatéralisme. Il est favorable à des pourparlers avec le régime iranien et la Corée du Nord. Mais il veut aussi chercher des alliés pour restaurer l’hégémonie américaine.
Si la présence d’Al-Qaïda au Pakistan est prouvée, il prône l’utilisation de la force armée sans accord préalable du régime pakistanais. Il est favorable à l’augmentation des forces en Afghanistan.
Sur le conflit israélo-palestinien, Obama a déclaré que Jérusalem devait être la capitale d’Israël.
Pourquoi tant de modération ?
Au vu de ces éléments programmatiques, on peut se demander pourquoi le candidat Obama est si modéré. Pour qu’un homme noir puisse être élu aux Etats-Unis, il ne faut pas qu’il soit radical. La modération est essentielle pour récolter des fonds et gagner. Dennis Kucinich et John Edwards n’ont récolté que 5% dans les suffrages aux primaires car ils se sont montrés trop à gauche.
Pour remporter le scrutin, le candidat doit comprendre que « the hole on the electorate » est décisif. L’abstention est en effet le réel problème puisque 50% des Américains ne votent pas. Cette frange hétérogène de la population est constituée des milieux populaires, pour lesquels il faut être conservateur, et des deux millions de prisonniers et ex-prisonniers déchus à vie de leurs droits civiques.
L’inscription sur les listes est aussi problématique car beaucoup de personnes ne savent pas comment procéder.
Malgré tout, on peut fortement penser que Obama sera élu. Bush est le président le plus impopulaire de l’histoire des Etats-Unis. Le mécontentement a gagné toutes les couches de la société et concerne chacune des politiques qu’il a mise en œuvre. McCain ne peut échapper à cet héritage. Les sondages nationaux n’ont que peu de valeur ; il faut au contraire regarder les intentions de vote Etat par Etat.
D’après les sondages, 5% des personnes avouent avoir un problème avec la couleur de peau d’Obama. 17% de cette fraction disent avoir dans leur entourage des gens pour qui la dimension raciale est un problème. Dans les propos même de McCain, on peut déceler des messages codés qui font référence à la question raciale comme « disrespectful », en écho au meurtre d’un jeune garçon noir en 1955 dans le Mississipi, qui avait été, selon ses assassins « irrespectueux » envers une femme blanche.
Discusion
Après 12 ans de républicanisme, on peut se demander quelle sera la marge de manœuvre d’Obama.
On note aussi qu’il est non-abolitionniste pour le moment et qu’il pourrait être amené à se prononcer sur ce sujet dans la campagne. Obama n’abolira pas la peine de mort car les Américains y sont favorables en majorité, comme ils le sont pour le port d’arme individuel.
Les petits candidats peuvent influencer le scrutin au niveau des Etats. En 2000, Nader a fait élire Bush. Ils ont donc un rôle.
L’administration Bush a davantage dépassé les préjugés raciaux en nommant des personnes noires à la maison blanche, que ne l’avait fait Clinton. On remarque une situation similaire en France. Par ailleurs, Clinton a porté des coups très durs au « welfare state ».
Concernant le soutien des syndicats, ceux-là apparaissent très exigeants tout comme les jeunes et les femmes. Obama s’il est élu, pourrait réformer la législation syndicale ce qui aboutirait à une meilleure représentation des travailleurs.
Obama s’est prononcé pour la fermeture de Guantanamo, mais cette question a été reléguée à l’arrière plan avec la crise économico-financière.
Les lobbies jouent un rôle de premier plan, notamment le lobby israélien, puissant mais peu représentatif et lié au mouvement « Born again » des évangélistes. Il pousse Obama à la modération sur les dossiers de politique étrangère. Carter qui a pris des positions audacieuses sur le conflit au Proche-Orient n’a pas eu la parole lors de la convention démocrate.
Sur la production énergétique, Obama est là encore dans le calcul électoral car s’il se prononce contre la relance de la production de charbon, il risque de perdre la Pennsylvanie, grand producteur, qui fait partie des « swing states ».
Il est fort probable que dans tous les cas le congrès demeurera à majorité démocrate. Celle-ci devrait même être consolidée.
Le discours virulent d’Obama à Berlin sur la chute du mur indique qu’il ne devrait pas s’opposer au développement des euromissiles en Europe, d’autant qu’il est favorable à l’élargissement de l’OTAN.
compte-rendu réalisé par Chrystel Le Moing
[1] Sous Bush, 80% des réductions d’impôts ont bénéficié à 5% de la population la plus aisée.

