Allocution de Marie-George Buffet, secrétaire nationale du PCF

par Marie-George Buffet

Secrétaire nationale du PCF

Discours prononcé lors de la présentation des archives du PCF aux archives départementales de Seine-Saint-Denis.

Mesdames, messieurs, Chers amis, chers camarades,

Le 10 décembre 2003, lors d’une réception à l’occasion du classement par l’Etat comme « archives présentant du point de vue de l’histoire un intérêt public », j’annonçais notre choix, en accord avec le Conseil général de Seine-saint-Denis, de déposer nos fonds aux Archives départementales de Seine-saint-Denis. C’est une chance pour la transmission et la conservation de ces documents précieux, pour la mémoire de notre parti, pour les chercheurs. En tant que députée de ce département, je ne peux que me féliciter de cet événement, car je pense également que c’est une chance pour les archives départementales, déjà considérées comme un pôle d’excellence en matière d’histoire du mouvement ouvrier français.

Notre démarche consiste à remettre à la nation ce qui nous revient dans son histoire et sa mémoire. On ne saurait trop souligner la qualité de ce fonds, classé par l’Etat en juin 2003 composé d’archives et de la Bibliothèque marxiste de Paris. A ce propos, je voudrais vous informer que la réouverture de la Bibliothèque marxiste de Paris est prévue pour l’année 2007/2008 dans les ancien locaux de l’Illustration, suite à une convention que nous nous apprêtons à signer avec l’Université Paris 13, dont je voudrais saluer les responsables aujourd’hui. Ce fonds est celui d’un parti enraciné dans le quotidien de notre peuple et dans ses luttes, celui d’un parti qui a marqué profondément la vie politique de notre pays, celui d’un parti mêlé aux grandes heures de notre histoire, de 1936 à la guerre d’Algérie, en passant par la Résistance et mai 68... On y apprendra sans doute beaucoup sur le parti communiste, ses débats et son action, ses hésitations et ses impulsions, ses fautes et son courage. On y apprendra beaucoup sur les hommes et les femmes, les responsables, les militants qui portèrent avant nous l’espoir d’une société nouvelle. On y apprendra enfin, beaucoup sur la France, sur son peuple, et sur les peuples du monde. Car notre parti a toujours eu l’ambition d’embrasser tous les champs de la société et tous les chantiers du monde, de les comprendre, et d’y intervenir. Toute cette richesse, elle méritait d’être remise entre les mains de professionnels capables de la conserver, de l’organiser, de la valoriser.

Je voudrais également rappeler ici la philosophie qui nous anime concernant la mémoire de notre parti. Nous voulons mettre à disposition des chercheurs tous les documents en notre possession. La recherche doit être libre et sans entraves. Cela paraît une évidence ; les chercheurs vont confirmeront que ce n’en est pas une pour tout le monde à faire le tour de l’échiquier politique. A ma connaissance, nous sommes le seul parti à avoir effectué ce geste de remettre nos archives aux institution publiques. Cela fait suite à la démarche engagée en 1993 par Georges Marchais et Francette Lazard d’ouverture de nos archives, réalisée pleinement en 1998 sur le principe de la loi de 1979 sur les archives publiques.

L’acte que nous posons aujourd’hui relève bien évidemment d’un souci de sauvegarde du patrimoine, mais également d’un choix politique fort.

Pour comprendre d’où nous venons, pour mieux connaître notre histoire dans sa complexité et ses contradictions, nous avons besoin des historiens. Cela n’est aucunement contradictoire avec notre volonté de travailler nous-mêmes sur la question de la mémoire, question politique à part entière. Ce travail-là ne peut faire abstraction de celui réalisé par des professionnels, par des scientifiques. Notre rapport à la mémoire ne peut d’ailleurs que s’en enrichir. L’histoire est essentielle à comprendre les trajectoires, les dynamiques, les perspectives. En un mot, la dialectique. Elle est essentielle à se situer, et autant que possible, à progresser.

Avec les archives de Seine-saint-Denis, c’est la poursuite d’un chemin entamé dès 1994 pour nos archives sonores. Je ne voudrais pas oublier de citer nos autres partenaires, à commencer par l’Université de Bourgogne avec laquelle a été élaborée, depuis le départ, notre politique d¹ouverture et qui dans le cadre d¹un accord avec les archives départementales est en train de construire une base de donnée archivistique. J’adresse un remerciement particulier à notre ami, Serge Wolikow. Je voudrais également saluer le travail effectué par Claude Pennetier et tous ceux et celles qui travaillent au projet du dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, et notre entente avec Elyane Bressol et l’Institut d’Histoire sociale de la ­CGT, au nom de nos histoires qui se croisent. La fondation Gabriel Péri saura elle aussi aider à la valorisation de ce patrimoine, comme elle l’a inscrit dans ses statuts. Permettez-moi d’adresser un salut amical à son Président, mon ami Robert Hue. Citons enfin les coopérations engagées avec l’association Mémoires d’Humanité qui gère les archives du journal L’Humanité, déposées également aux archives départementales de la Seine-Saint-Denis.

Tous ces partenaires ainsi que des représentants des archives de France vont être associés au comité de pilotage prévu par la convention entre le PCF et le Conseil général de la Seine-Saint-Denis, mais nous souhaitons encore élargir ce comité à d’autres acteurs susceptibles d’y être intéressés.

Par ailleurs, je saisis l’occasion pour vous informer que nous sommes aussi actuellement en discussion avec le mémorial de l’holocauste à Washington et le mémorial de la Shoah à Paris pour une convention concernant des militants communistes et juifs de la Résistance.

Vous le voyez, nous entendons développer une politique ambitieuse en termes de patrimoine, pour que l’histoire soit saisie dans toutes ses contradictions et sa réalité.

Je sais qu’ici, notre fonds est en de bonnes mains. Je voudrais remercier Robert Clément, avec qui nous avons engagé cette démarche, et Hervé Bramy, avec qui nous la poursuivons aujourd’hui. Je souhaite également témoigner de notre considération à Madame Martine de Boisdeffre, directrice générale des Archives de Seine-Saint-Denis, pour son enthousiasme devant notre proposition et pour son aide précieuse.

Les archives sont désormais en ces lieux. Elles y sont bien. Protégées, accessibles, valorisées. Au nom du parti communiste français, je voudrais vous dire notre soulagement de savoir tout cela. Je vous remercie.