Allocution d’ouverture de Amath Dansokho
par Amath Dansokho
Secrétaire général du Parti de l’indépendance et du travail (PIT-Sénégal), maire de kedougou, ancien ministre, ancien vice-president de l’assemble nationale, ancien député du parlement de la CDEAO.
24 janvier 2008
Mesdames, Messieurs,
Au nom des organisateurs de ce colloque international, l’Afrique et l’Europe dans la nouvelle géopolitique mondiale, nous vous remercions d’avoir accepté notre invitation.
Je salue mon ami Robert Hue, président de la Fondation Gabriel Péri, vice-président de la Commission des Affaires étrangères, qui n’est plus un inconnu au Sénégal, qui est un combattant constant de la lutte pour le développement et pour des rapports rénovés et démocratiques de l’Afrique avec la France et l’Europe.
Mes salutations vont également à la Fondation Rosa Luxembourg d’Allemagne et à sa délégation à ce colloque, à l’Association Française de Solidarité avec les Peuples d’Afrique, à la Revue française Recherches Internationales, au Laboratoire d’Etude et de Recherches Philosophiques et Sociales contemporaines sur l’Afrique et le Monde de l’Université Cheikh Anta Diop.
C’est avec un immense plaisir que je salue nos invités sénégalais qui rassemblent au plan politique, économique et social les forces les plus déterminantes du Sénégal. En effet, nous avons à ce colloque toutes les organisations qui ont décidé de la tenue, dans les semaines qui viennent, des Assises Nationales pour la recherche de solutions à la grande crise que traverse notre pays. Très précisément, le jour même de la clôture de nos travaux une grande cérémonie d’installation du comité de pilotage des Assises Nationales aura lieu. Les organisations de la Société Civile prennent une part active à cette initiative d’une envergure sans précédent. Je salue la présence du Premier Ministre Moustapha Niasse, Secrétaire Général de l’Alliance des Forces de Progrès, Ousmane Tanor Dieng, Secrétaire Général du Parti Socialiste, le Professeur Madior Diouf, Secrétaire Général du Rassemblement National Démocratique, de Massène Niang, Coordinateur Général du Mouvement pour le Socialisme et l’Unité, Monsieur Mamadou Mbodj, Président du Forum Civil.
Je considère que j’aurais commis une erreur et même une injustice si je ne me félicitais pas, devant vous tous, de la présence de mon ami Francis Wurtz pour ses contributions lumineuses sur les problèmes de développement à l’Assemblée Européenne. Ses rapports sont d’une telle qualité qu’ils font l’objet de la plus haute appréciation bien au-delà des acteurs politiques de gauche d’Europe.
Je m’excuse auprès de tous les invités que je n’ai pas pu mentionner pour des raisons évidentes de temps.
Mesdames et Messieurs,
Vous m’excuserez de ne faire que quelques considérations générales sur notre colloque. Je crois que vous n’avez nullement besoin d’une déclaration de profession de foi de ma part. Nous sommes, en effet, rassemblés ici dans un colloque dont il faut bien dire qu’il a des prétentions à la réflexion scientifique et politique.
Nous avons donc, Mesdames et Messieurs, dans cette salle, d’éminents hommes et femmes de sciences, et de grande notoriété, des acteurs de premier ordre de la vie politique et sociale de nombreux pays d’Afrique et d’Europe, c’est-à-dire des femmes et des hommes engagés dans une réflexion active et soutenue destinée à l’éclairage des grands problèmes géopolitiques de l’Afrique, de l’Europe et du Monde. Je suis convaincu que leur apport sera de très grande facture au cours de cet échange qui va durer trois jours.
Toutes les régions d’Afrique sont ici représentées à un moment où le débat sur le partenariat Afrique-Europe occupe tous les esprits avec angoisse. Il n’est pas exclu que le souci d’un partenariat de type nouveau dans cette salle permette de formuler des hypothèses et même des esquisses de solutions capables de fonder des solidarités militantes et rassembleuses entre l’Afrique et l’Europe, dans le sens de la libération de nos peuples des ravages de la mondialisation libérale.
Je suis convaincu que nos travaux démontreront que non seulement l’Afrique est dans l’histoire, mais qu’elle est déterminée à imprimer sa marque, sur tous les plans, dans l’histoire en cours.
Vous remarquerez que, pour traiter du thème général retenu pour ce colloque, le Comité scientifique a tenu à privilégier une approche transversale pour mieux mettre en évidence la complémentarité des questions qui vont être au c ?ur de nos débats. Cela est surtout vrai, par exemple, des nouveaux rapports de partenariat qu’il est urgent de construire entre l’Afrique et l’Europe et entre ces deux continents et le reste du monde. Tant il est vrai qu’aux iniquités et exploitations, nées des rapports de domination coloniaux, s’ajoutent aujourd’hui les conséquences désastreuses de la mondialisation libérale sous la houlette de la Banque Mondiale, du Fond Monétaire International et de l’Organisation Mondiale du Commerce, dont les diktats sont conçus par une petite minorité de puissances regroupées au sein du G8.
Il n’y a pas de doute que sur ces questions majeures et d’une brûlante actualité, nous travaillerons sans aucun tabou avec un grand esprit d’ouverture et d’écoute réciproque, avec la claire conscience que, sous bien des rapports, nous sommes en face d’un tournant historique dans lequel, sur tous les continents, se développent de prodigieuses et foisonnantes réflexions pour aller vers un monde plus juste, plus démocratique et plus équilibré et qui rassemblent, dans l’action des centaines et des centaines de millions d’hommes pour une démocratie mondiale et pour le développement durable.
A cet égard, ce n’est pas prêcher pour une chapelle quand j’affirme que la Fondation Gabriel Péri travaille sur un axe de débats libres, critiques. Ses publications en témoignent éloquemment.
Pour ce qui est du Parti de l’Indépendance et du Travail (P.I.T.-Sénégal), je m’interdis de porter un jugement sur la qualité de sa démarche, puisque chez nous la sagesse dit que « saabu du foot boppam » c’est-à-dire que le savon ne peut pas se laver lui-même.
Une dernière considération que je voudrais faire : il me semble qu’il ne s’agit pas seulement de faire l’état des lieux, mais de surtout d’analyser les rapports qui sont en gestation dans la nouvelle géopolitique mondiale et de prendre en compte sur cette base l’existence de nouvelles puissances émergentes, financières et/ou industrielles dont certaines ont atteint un niveau de haute compétitivité. Elles sont désormais à l’assaut des matières premières du continent et des marchés, d’une vaste gamme d’articles de consommation, appréciés des africains, parce qu’à la portée de leurs revenus.
Dans ce contexte, il me semble que les Etats africains, qui vivent pour la plupart dans des économies de survie, se doivent de faire front, au nom du présent et de l’avenir des peuples d’Afrique pour, dans le cadre des instances multilatérales de l’ONU, empêcher que la logique productiviste qui met en péril la planète ne se traduise par une catastrophe encore plus grave que la traite négrière, par les mécanismes d’épuisement des matières premières, la poursuite de la dégradation générale des écosystèmes africains et le développement des tensions sociales et politiques que ne manqueront pas de créer les compétitions entre puissances nouvelles et anciennes et même des conflits inter impérialistes classiques dans le cadre d’une mondialisation totalement contrôlée et stimulée par la loi du profit.
Pour conclure, nous allons accorder un moment important de notre réflexion à la promotion des valeurs de la démocratie en Afrique. Sans sous estimer les percées auxquelles nos peuples sont parvenus sur ce plan, il est clair que celles-ci connaissent des dérives désastreuses comme en témoignent les événements en cours au Kenya. Beaucoup de pouvoirs sur le continent ont mis au point des parades contre l’expression du suffrage universel et ne se maintiennent que par des coups d’état électoraux. Alors qu’à y regarder de près, nos sociétés ne sauraient se développer et assurer la stabilité et la paix civile que par la démocratie.
Mesdames et Messieurs,
Tout en m’excusant de ces considérations générales, je vous remercie de votre attention.
