Éducation et formation : nouveaux défis

Thème de l’année 2010/2011 :

Pressions sur l’école, sur les familles, sur les intervenants éducatifs : qui fait quoi ? mais au fond, pourquoi ?

Pour sa troisième année de fonctionnement, le séminaire prend pour « fil rouge » les pressions que subissent école et familles quant aux « objectifs » éducatifs. Certains discours ambiants, avec une idéologie de la carence, culpabilisent les familles de ne pas livrer à l’école des enfants dans la pleine connivence avec les normes scolaires et avec la culture savante. De son côté, l’école est mise à l’index, sur sa moindre performance à faire réussir chacun, souvent par ceux-là mêmes, décideurs et managers, qui coupent les moyens et organisent l’inégalité des objectifs... Enfin, les intervenants éducatifs de la culture, du sport et des loisirs, sont souvent incités à préparer à la scolarité ou à faire à la place de l’école, quand celle-ci est sur-sollicitée pour autre chose que l’enseignement...

Ces « pressions » envers les différents milieux éducatifs brouillent les frontières des spécificités de chacun d’eux, et convergent pour renvoyer l’éducation de toute une génération hors du service public, à la charge des familles, du marché, des ressources locales... y compris pour « choisir » l’école « performante »... (alors qu’on l’a vu l’an dernier, plus le marché s’exerce et moins la famille choisit l’école : c’est l’établissement qui choisit les familles).

Ciblées sur l’un ou l’autre de ces aspects, les séances de cette année portent sur ce qui permet d’éclairer le débat sur les enjeux éducatifs à l’interface entre l’école, les familles et les autres milieux de socialisation.


Programme :

Les séances se tiennent dans les locaux de la Fondation :
11, rue Étienne Marcel, Pantin (93)
Métro Hoche
Plan d’accès

Mardi 5 octobre 2010 à 19h
Repenser l’arithmétique des inégalités scolaires et le travail de la critique

Avec Romuald Normand, sociologue de l’éducation, Institut national de Recherches Pédagogiques ; auteur du livre : Gouverner la réussite scolaire. Une arithmétique politique des inégalités, Berne, Peter Lang, 2010 (à paraître dans quelques semaines).

Depuis quelques décennies, on a vu proliférer les instruments de mesure et les techniques de calcul présentés comme ce qui permet de mesurer « l’efficacité » en éducation. Cette arithmétique politique a participé à infléchir le cours des politiques en éducation, articulée à l’émergence de certaines conceptions de la psychologie et surtout à de nouveaux modes de gouvernement managériaux et à de nouvelles missions assignées à l’école.

Si le débat existe quant aux principes de justice qui doivent gouverner l’école, les outils de mesure sont trop peu interrogés, laissés aux « experts ». Cette séance du séminaire éclairera ce qui se cache derrière l’arithmétique des inégalités scolaires et invite à repenser le travail de la critique.

La vidéo de cette séance est en ligne

Mardi 7 décembre 2010 à 19h
L’enfance et la culture : entre famille, école et institutions culturelles. Le cas de la littérature de jeunesse.

Avec Stéphane Bonnéry, chercheur en Sciences de l’éducation, Université Paris 8 (CIRCEFT-ESCOL) ; auteur du livre : Comprendre l’échec scolaire, La Dispute, 2007 et de l’article : « L’enfant lecteur » du livre et le modèle social implicite dans le livre de "l’enfant lecteur" », 2010, http://lenfantetlelivre.wordpress.c...

Le cas de la littérature de jeunesse pour les 5-7 ans est significatif d’évolutions en cours : l’enfance devenant un objet d’éducation intensive, une culture enfantine se développe, entre plusieurs logiques. En même temps que sont vendus des sous-produits dans un marché segmenté, beaucoup d’albums de littérature de jeunesse sont des objets plus élaborés qu’autrefois, supports potentiel d’activité culturelle et intellectuelle experte. Mais ils supposent un enfant (et donc un accompagnateur adulte de la lecture) déjà très instruit, faute de quoi les albums peuvent être inaccessibles et source d’inégalités.

S’il semble nécessaire de socialiser les enfants à la littérature, pour éviter les chassés-croisés qui sont source d’inégalités, se pose la question du rôle de chaque milieu de socialisation : quelle socialisation littéraires différentes dans la famille, dans les bibliothèques et dans l’école ?

Mardi 1 février 2011 à 19h
Analyse des effets de la mise en concurrence entre établissements

Avec Yves Careil, sociologue, IUFM de Bretagne, laboratoire CREAD auteur des livres : L’expérience des collégiens. Ségrégations, médiations, tensions, Presses Universitaires de Rennes, 2007 ; Ecole libérale, école inégale, institut de recherches FSU, nouveaux regards / syllepse, 2002.

Si les logiques et les réformes qui pèsent sur le système scolaire, pour le transformer encore plus en espace de concurrence, vont croissant, elles existent depuis plusieurs années en France. On peut faire une première analyse de leurs effets. Comment les familles, les jeunes et les enseignants vivent-ils ces situations ? Quels changements dans la composition des établissements et dans l’action qui y est conduite ?

Yves Careil a enquêté dans plusieurs académies, dans plusieurs établissements contrastés. Un premier bilan éclairant à l’heure de l’exacerbation de la concurrence entre établissements.

Mardi 5 avril 2011 à 19h
De la famille à l’école, un changement d’univers

Avec Jacques Bernardin, docteur en sciences de l’éducation et président du GFEN (Groupe Français d’Education Nouvelle). Auteur du livre : Comment les enfants entrent dans la culture écrite, éd. Retz, 1997/2002

Pressions sur l’école et les enseignants pour viser des objectifs au rabais et être moins scolaire dans les zones au recrutement populaire au nom de la logique « à chacun sa forme de réussite ». Pressions sur les familles pour faire l’école à la maison ou surenchérir par des cours privés...

La pression des réformes pour renvoyer à la responsabilité de chacun la responsabilité de se former « oublie » quelques questions fondamentales : quelle est la spécificité de chaque milieu de socialisation ? Quel changement d’univers implique l’entrée dans la culture écrite ? Quelle difficultés à surmonter ? Quels choix pédagogiques en conséquences ? C’est ici l’occasion de relever le défi de l’enseignement à tous par l’école.

Mardi 7 juin 2011 à 19h « Faire ses devoirs » : famille, école, intervenants... qui fait quoi ?

Avec Séverine Kakpo et Patrick Rayou, chercheurs en Sciences de l’éducation, Université Paris 8 (CIRCEFT-ESCOL). Co-auteurs du livre : Faire ses devoirs. Enjeux cognitifs et sociaux d’une pratique ordinaire, Presses Universitaires de Rennes, 2009.

Les devoirs pour l’école sont un analyseur de ce que l’école attend comme travail « en plus » de ce qui se joue en classe, de ce qu’elle attend des familles. Les difficultés que rencontrent les élèves pour les faire sont révélatrices des malentendus qui freinent souvent les apprentissages. Les aides plus ou moins pertinentes que leur apportent les familles et les intervenants périscolaires renseignent sur les impasses d’une démocratisation qui ne tient que peu compte de ce qui est nécessaire pour apprendre de façon autonome.


Ce séminaire est placé sous la direction de Stéphane Bonnéry, chercheur en sciences de l’éducation à l’Université Paris 8. Décliné sur plusieurs mois, il croisera les apports de chercheurs de diverses disciplines et celles de militants sociaux et politiques sur les questions scolaires, universitaires, de formation d’adultes, et au-delà. L’objectif est bien de confronter les points de vue et les expériences pour faire avancer la réflexion politique.


Fondation Gabriel Péri - Tour Essor, 14 rue Scandicci, 93500 Pantin - France / T +33 (0)1 41 83 88 50 - F +33 (0)1 41 83 88 59 - e-mail : fondation@gabrielperi.fr