Présentation du séminaire

Séance inaugurale du 14 novembre 2012

Nous ouvrons ce soir les travaux d’un séminaire auquel la fondation Gabriel Péri accorde une grande importance.

Nous l’avons intitulé « Comment réinvestir la notion de progrès ? ».

Nous avons évidemment conscience que, ce faisant, nous n’abordons pas le sujet de manière neutre. Nous aurions pu, en effet, choisir une formulation laissant planer une incertitude quant au fait de savoir si nous estimions pertinent ou pas le concept.

C’est délibérément que nous avons choisi ce titre quelque peu provocateur.

En effet, l’idée de progrès a joué un rôle moteur dans le combat démocratique et dans les luttes pour la transformation sociale qui ont marqué l’histoire de la gauche en France comme dans le monde.

La conviction que l’activité humaine pouvait légitimement se fixer pour objectif d’améliorer la vie de chacun et de tous et que les générations les plus jeunes pouvaient bénéficier d’une existence meilleure que celle de leurs parents a joué un rôle fondateur pour la dynamique progressiste.

Elle a donné un sens et une espérance à l’engagement de millions de femmes et d’hommes ainsi qu’à la mobilisation populaire.

Comme Fondation de la famille de pensée communiste, nous assumons consciemment cet héritage. Qui plus est, nous estimons qu’il ne doit pas seulement être considéré comme appartenant au passé.

L’espoir de rendre le monde meilleur et la conviction qu’il est possible de transformer les conditions d’existence de chacun nous semblent plus que jamais d’actualité. L’idée que l’humanité aspire à avancer vers le mieux-être dans les multiples domaines qui conditionnent son destin et que cette aspiration peut devenir réalité nous semble toujours pertinente.

Cela veut-il dire que nous serions allergiques à tout examen critique de la notion de progrès ? Bien sûr que non. La vision selon laquelle progrès rime automatiquement avec mieux-être a été largement démentie par les faits et par l’histoire. Nous avons depuis longtemps rompu avec les illusions et les dérives scientistes et productivistes.

La science et les technologies ne sont pas vertueuses en elles-mêmes.

Les modes de production et de consommation fondés sur le plus, ne prenant jamais en compte le pourquoi et ne s’interrogeant jamais sur les conséquences dont ils sont porteurs ne peuvent perdurer sans catastrophes.

Lorsque le « progrès » technologique supprime des emplois et reste déconnecté de l’organisation sociale permettant aux salariés de conserver leur revenu pour se former dans d’autres domaines et assurer ainsi leur avenir, il n’est pas progrès ; il est régression.

Il est donc salutaire de réinterroger le concept de progrès à l’aune de la finalité la plus essentielle : celle de l’humain et de ses conditions réelles d’existence. Ces dernières incluent bien sûr les écosystèmes. L’ensemble de cette réflexion débouche plus globalement sur la notion de durabilité. Posée ainsi dans ses différentes dimensions, la question du progrès renvoie à une autre problématique qui est celle de la maîtrise sociale.

Si nous nous en tenions là, il y aurait déjà beaucoup de grain à moudre pour étendre nos connaissances et approfondir la réflexion. Mais les choses vont beaucoup plus loin. Car, au-delà de ces interrogations légitimes, le concept de progrès est, depuis la fin des années 70, la cible d’une offensive visant à le discréditer.

L’installation du paradigme néolibéral, coïncidant avec la domination absolue de la globalisation financiarisée sur l’ensemble de la planète, s’est accompagnée d’une campagne de disqualification de l’idée même d’amélioration des conditions d’existence.

Cela se comprend d’autant mieux que ces politiques néolibérales ont créé une situation dans laquelle les nouvelles générations vivent moins bien et de manière plus précaire que celle de leurs parents. Il fallait faire oublier la promesse progressiste, la renvoyer dans le grenier poussiéreux des idées à mettre au rebut.

Comme toujours lorsque l’on parle idéologie, cette thématique centrale a été développée de différentes manières : très frontalement, par ceux qui veulent faire de la mondialisation actuelle le vecteur de la régression sociale (la multiplication des plans d’austérité en Europe illustre cette réalité) ; au nom de causes plus nobles, telle l’opposition entre progrès et sauvegarde de la planète, pour d’autres courants de pensée.

Cette offensive a été tellement puissante qu’il est devenu difficile aujourd’hui, voire impossible dans certains milieux, de revendiquer le concept de progrès. Et pourtant, nous avons la conviction que, soumis au crible d’une saine critique et ré-articulé avec l’impératif de maîtrise sociale, sa pertinence est loin d’être épuisée.

Approfondir ce que signifie le concept de progrès ; analyser les contradictions dont il est porteur ; dégager le potentiel transformateur qu’il peut recouvrer sous des formes renouvelées ; rétablir les conditions de maîtrise sociale indispensables pour qu’il donne sa plénitude ; telle est l’ambition de ce séminaire.


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